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HOMMAGE A BABY JOURDAN

Baby,
Ce Grand Homme qui nous quitte aujourd'hui avait une immense culture, aussi remarquable que l'histoire de sa Vie. Et comme dit un proverbe africain : « Quand un vieillard meurt c'est une bibliothèque qui brûle ».
D'ailleurs ce sont ses propres mots, l'accent en moins, qui vont vous retracer les grandes lignes de sa vie.

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C'est le 25 Octobre 1923 qu'il est né a Bône, dans la vieille ville, là où les religions, les races, les origines, les milieux sociaux ne comptaient pas. Il a grandi au milieu des cuves et des tonneaux de vin, dans la maison de pépé Tannières, son grand père maternel, homme d'exception, qui fut le pilier de sa jeunesse et son modèle tout au long de sa vie, entouré de ses parents et de sa sœur aînée Mimi. 
Pour sa mère, Timère, l'âme de la famille, il avait une vénération sans bornes et un amour infini.

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Jusqu'à dix-neuf ans, il poursuit des études brillantes ponctuées d'une féconde activité de potache ( comme la fois où il a versé, dans chaque encrier, du chlorure de calcium,et quand le professeur est entré dans la classe, tous les pupitres étaient recouverts d'une épaisse mousse violette  : le spectacle était magnifique et la punition pas mal non plus !  ). Il pratique l'escrime, non par passion mais pour être avec ses copains et plus particulièrement Nono, son ami, son frère. Il fait les 400 coups l'été à Bugeaud, dans la vielle ferme familiale au dessus de Bône.
En Septembre 1942, il entre à l'école de commerce d'Alger pour des études prometteuses... qui prennent fin 2 mois plus tard quand les américains débarquent au Maroc et en Algérie.

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André Pinelli, Félix Constantin, Nono Pinelli et Baby

A partir de là, sa vie bascule : il entre dans la défense passive à Bône où il apprend à fumer et à boire pour pouvoir supporter l'horreur. Ce sont ensuite les chantiers de jeunesse où il connaît déjà le froid et la faim. 
C'est comme Caporal qu'il intègre la 5ème division blindée, 96éme bataillon du génie, section de reconnaissance, après avoir refuser d'entrer à l'École militaire : c'est qu'il veut participer au débarquement.

En Septembre 1944 il débarque à Marseille. En octobre 1944 il avance sur Belfort en compagnie de la Légion Etrangère. Il plonge dans les horreurs de la Guerre. En Février 45 il entre en Allemagne avec l'armée d'Afrique. Il pensait avoir connu le pire, Il découvre l'insoutenable en libérant le camp de concentration de Klein Glattbach.

C'est une des ses épopées héroïques au volant de sa Jeep qui lui vaut la Croix de guerre avec palme signé du Général Delattre de Tassigny. Il en était très fier comme de la médaille militaire dont il fut décoré a 30 ans.

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14 juillet 1953 : Baby est décoré de la Médaille Militaire

Le retour a la vie civile fut difficile mais adouci par la présence de ses neveux : Pierre, l'aîné, élevé comme son fils, Patrice , et Hélène. Il travaille avec son père à la maison Tannières puis dirige la société Bônoise de boissons gazeuses et devient PDG de Jourdan-Tannières & Cie. Ce sont des années dorées de célibataire : il danse le boogie et il se régale à tenir le micro dans les radios-crochets et les concours de beautés. En outre il gagne de nombreuses compétitions de motocross et de gymkana.

En 1956, à 33 ans, il rencontre LA femme de sa vie, Geneviève, avec qui il aura 4 enfants. A partir de 1958 commence la période noire et les heures douloureuses de la guerre d'Algérie. Il y eu des massacres du coté de l'OAS et du coté du FLN; lui, il s'est battu contre ça. En 1964 il met femme et enfants à l'abri à Marseille. Ses parents rentrent en Avril 1967 et, peu de temps après, prévenu par un de ses amis arabes, il quitte définitivement l'Algérie, en catastrophe, échappant de justesse à la prison.
Il devient un expatrié : Bône et ses racines lui manqueront toujours cruellement.

En métropole, il aura du mal à s'adapter à une conception des affaires différente de celle qu'il a connu. Cependant il participera à la création de la zone commerciale de Plan de Campagne avec 13 pieds-noirs. En 1978, la famille déménage sur Septèmes. Au cours de ces années, il participe activement aux associations de parents d'élèves. A 60 ans il prend sa retraite et demeure très actif. Il s'occupe du syndic de Barnéoud et devient conseiller municipal à Septèmes. Il est décoré de la légion d'honneur qu'il avait refusé en 1959.

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A 70 ans il crée l'amical des enfants de Bône et il donne des conférences en parler Bônois qui font rire l'assemblée pendant une heure.
C'était sa plus belle récompense. 
Ayant rendu ses nombreux tabliers, il voyage avec Imette (surnom donné à Geneviève) découvrant avec plaisir de nombreux pays lointains. Il retourne une dernière fois en Algérie à 80 ans avec Rémi, son fils.

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Baby tchatche pour ses amis Bônois lors de l’expo photos 2002.
Un vrai bonheur pour tous ceux qui l’écoutent

Les ennuis de santé le font décliner doucement mais jamais il ne perdra son légendaire sens de l'humour, son courage, et sa profonde gentillesse. Ses 5 petits-enfants ont fait le bonheur de ses dernières années et il a fêté ses 50 ans de mariage avec sa fidèle moitié Imette. Jusqu'au bout il a donné de la joie à son entourage car il disait être né pour ça et pour lui, la vie ne vaut d'être vécue que pour faire le bien.

Fier d'être pied-noir, il aurait pu dire, de sa belle voix: « Il a filé comme le vent, le Sirocco de ma vie ».

Florence JOURDAN

NDLR. Ce texte a été lu par Florence JOURDAN lors des obsèques de Baby le 18 octobre 2007.
L’iconographie a été fournie par Yves MARTHOT .
Le montage de l’article a été réalisé par René VENTO. 

Mis à jour (Jeudi, 31 Décembre 2009 18:00)