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Claude-Yvette Gerbaulet

De Bône-La Coquette à Évian-les-Bains, elle a suivi l’itinéraire d’un électron libre comme l’air…

Gerbaulet ! En entendant ce nom, plus d’un Bônois fouillera dans sa mémoire en fronçant les sourcils. Et puis, les souvenirs des jours heureux venant, ils s’exclameront, tel le commissaire Bourrel dans «Les cinq dernières minutes » : «Bon sang mais c’est bien sûr!» A Bône, il y avait Emile Gerbaulet, l’architecte, associé d’une autre grande figure bônoise, Roger Rosso. La ville et sa région conservent quelques traces de son talent : notamment, le Centre Hospitalier de Tuberculeux qu’il a érigé en 1960, aux Caroubiers, au-dessus du port et, sur le boulevard Narbonne, le fier immeuble «Le Capitole». Il y avait, aussi, Julia Gerbaulet. Les fidèles de la messe dominicale de 11h à la cathédrale, se souviennent de sa superbe voix, supplément de bonheur aux excellents prêches de l’archiprêtre Houche. Pour Mme Gerbaulet, institutrice au groupe scolaire du Champ de Mars, la musique aurait pu être davantage qu’un violon d’Ingres. De l’union de Julia et Emile naquirent Jean-Pierre, en 1941 à Bône, et, en 1943, à Bugeaud, Claude-Yvette, la Bônoise que nous mettons à l’honneur.

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Julia et Emile GERBAULET
et leurs deux enfants Claude-Yvette et Jean Pierre

« Clovis! »
De ses parents, Claude-Yvette Gerbaulet a hérité une incroyable vivacité d’esprit. «Elle était toujours première de la classe et ma famille la citait en exemple» témoigne Evelyne Caduc, camarade de classe au Lycée Ernest Mercier, à propos de Claude-Yvette qui portait de longues tresses à la « Clovis ».

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Claude-Yvette Gerbaulet,
élève du lycée Mercier.

Lorsque Claude-Yvette obtient à Bône sa 1ère partie de bac à 16 ans, cet été 1959 voit le sacrifice des tresses et son départ définitif pour l’Hexagone. «Clovis s’envole et, avec lui, un petit peu de cette enfance pleine de soleil et de sang. Les victimes du sacrifice (les tresses) sont enveloppées dans un sachet de papier qui me suivra dans toutes mes futures tribulations,» écrit-elle dans «Itinéraire d’un électron libre» (Ed. Cleopas). Tel un fil d’Ariane, les tresses ont été un véritable porte-bonheur. A Paris, la forte tête de sa petite jeunesse, ne se dément pas. Et, après un doctorat en médecine et une spécialité en néphrologie, elle devient médecin thermal à Évian-les-Bains, puis directeur médical et administratif des Thermes. Dans sa carrière, elle fait preuve de ténacité, face à un aréopage d’hommes et, telle la chèvre de Monsieur Seguin, elle combat mais, elle, ne se fait pas dévorer.

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Claude-Yvette Gerbaulet
Photo prise, en 2008, à l'occasion de la sortie de son livre «Itinéraire d’un électron libre» (Ed. Cleopas),
devant les anciens Thermes d’Évian, devenus Palais Lumière.
Risquer sa vie pour une glace
Evianaise d’adoption, appréciée des édiles locaux, Claude-Yvette n’en oublie pas pour autant ses racines. Dans un style dépouillé, elle redevient la petite Bônoise avisée qu’elle était entre 10 et 16 ans, face aux «événements». Les souvenirs sont légion (entre autres les cours de danse de Mme Salvati), mais une page de «La Dépêche» n’y suffirait pas. Cependant, on ne résiste pas à l’envie de noter le caractère atypique des Gerbaulet. L’un concerne Julia Gerbaulet: «Bravant la réticence de sa hiérarchie, ma mère a pris l’initiative d’introduire dans le programme du CE1, l’histoire et la géographie de l’Algérie.» L’autre concerne Émile Gerbaulet qui, pour son métier, sillonne le pays sans convoi militaire. Vous l’aviez deviné, les Gerbaulet n’ont peur de rien: en pleine guerre d’Algérie, «mes parents n’hésiteront pas à nous emmener à Constantine, Alger, dans le Sud… Un soir,, l’idée nous prend d’aller manger une glace à Stora. Aller et retour en voiture, sans dommage… »

Comment s’étonner que Claude-Yvette Gerbaulet se soit toujours considérée comme un électron libre ?! Libre comme l’air…

Paul Piro

Mis à jour (Samedi, 29 Juin 2013 21:50)