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Le conservateur du cimetière de Bône
Antoine ELLUL

Né le 27 mai 1896, à Duzerville, d’un père d’origine maltaise et d’une mère marseillaise, Antoine Ellul était une figure emblématique de la ville de Bône, puisqu’il fut de nombreuses années durant, le conservateur du cimetière de Bône.

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Antoine ELLUL

Rappelons que la célèbre devise « Si te oua le cimetière de Bône… envie de mourir y te donne… ! » ne concerne pas le cimetière chrétien mais le cimetière arabe qui s’étageait en pente douce sur les collines du Lever de l’Aurore face à la mer et au vaste horizon.
La jeunesse de Monsieur Ellul fut une jeunesse facile car sa famille était aisée. Il aimait les chevaux et tout ce qui gravite autour d’eux, notamment les courses : il fût même jockey. Il a aussi pratiqué la moto en compétition mais, à la mort de l’un de ses amis sur la piste du vélodrome de Bône, il cessa cette activité.
L’amour des chevaux était si fort qu’il devint bourrelier d’art comme l’un de ses oncles qui exerçait cette profession. Les harnais étaient alors sa vie. Il maniait la gouge et le carrelet avec une grande dextérité. Il fut également : taxidermiste (empailleur d’animaux), métier qu’il dut abandonner, car trop dangereux à l’époque à cause de risques d’empoisonnement.
Puis survint la première guerre mondiale. Appelé sous les drapeaux, Monsieur ELLUL, comme beaucoup de français d’Algérie, va participer sans rechigner au débarquement des Dardanelles, en 1915, où la France et la Grande Bretagne lancèrent une expédition punitive contre la Turquie pour ouvrir le détroit. De là, à 20 ans, Antoine Ellul fut envoyé dans les Balkans, plus exactement en Macédoine. Un soir d’hiver, alors qu’il était en patrouille, il est fait prisonnier par les Allemands qui vont le laisser dans le costume d’Adam après l’avoir attaché à un arbre, lui et ses compagnons. Il restera ainsi plusieurs jours avant d’être retrouvé puis libéré. Ce triste épisode de sa vie lui valu la perte d’un poumon et une vue très altérée.
A son retour de la guerre, diminué, il ne put exercer son métier de bourrelier qui exigeait une excellente vue. Il obtient alors le poste de conservateur du cimetière européen de Bône, succédant ainsi à l’illustrissime Monsieur TADDO : « si tu m’emm… chez TADDO, je t’envoie… ».
C’était l’époque du maire Paul PANTALONI (Monsieur ELLUL était de son bord, ce dont il ne se cachait pas). Il le faisait savoir haut et fort, tant et si bien qu’un beau jour, ce qui devait arriver arriva. Les élections municipales voient la victoire de la liste communiste emmenée par le camarade BORRA qui devient maire de Bône et s’empresse, vous le pensez bien, de nommer au cimetière un conservateur de son sérail, c’est-à-dire un communiste.
Pour la famille Ellul, commence alors un pénible « exil », mais toujours à Bône, celui-là ! Elle doit quitter le grand appartement du cimetière et en chercher un autre. Quant à Monsieur Ellul, il doit vite trouver un travail pour subvenir aux besoins de sa famille. Ils iront donc habiter la Colonne, rue d’Italie. Antoine Ellul, travaillera à l’Algérienne Automobile, pas très loin, souhaitant que la municipalité du « marteau et de la faucille » soit la plus éphémère possible ce qui arriva un beau matin : Monsieur le maire PANTALONI recouvra son mandat et Monsieur Ellul retrouva son cimetière !

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La maison de TADDO à l’entrée du cimetière de Bône
Photos prises par Yves MARTHOT en octobre 2008

Avant cet épisode, bien sûr, il y eut la deuxième guerre mondiale qui vit le rappel sous les drapeaux de Monsieur Ellul. Nouvellement remarié, il eut, en second mariage, en 1940, un fils, Jean Pierre. Suite à cet heureux évènement, Antoine Ellul sera libéré de ses obligations militaires et pourra reprendre la vie civile. Au cimetière, pardi !
Puis ce fut, en juillet 1962, suite à une innommable trahison, l’exil en France qu’il découvrait pour la première fois. Le malheur voulut que là, il apprenne que la ville de Bône avait omis de l’inscrire au bénéfice de la retraite. Il dut se contenter de la retraite des vieux travailleurs. La ville de Toulon, consciente du préjudice causé, attribua un poste d’aide maternelle à son épouse pour permettre à la famille de vivre plus décemment.

Décédé le 4 mars 1974, il partit cette fois, pour un autre cimetière mais cette fois, celui de … Toulon.

Raymond SALIBA

Mis à jour (Samedi, 29 Juin 2013 22:01)