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Doris NATALI-BRAVIN

De Bône à Ajaccio

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Doris à l’école Vaccaro en 1941

Je suis née à Bône, le 29 décembre 1927, au numéro 11 de la rue d’un porteur de casquette (celle du père Bugeaud), déclare Doris en évoquant son enfance. Fille de Dominique BRAVIN, charpentier à la S.A.P.C.E (Société Algérienne de Produits Chimiques et Engrais), et d’Antoinette PISANI, Doris a reçu de ses parents, de ses oncles et tantes, une éducation qui a développé chez elle le goût des choses belles. Quittant la rue Bugeaud pour le numéro 4 de la place Alexis Lambert, au dessus de l’Harmonie bônoise, les parents de Doris y demeureront jusqu’en 1962. Doris entre au Pensionnat de la Doctrine Chrétienne dès l’âge de trente mois et le quitte en 1939 pour l’école Vaccaro, située en face, mais combien lointaine pour une petite fille qui vient de rompre avec sa petite enfance (voir photo de classe page 10). Elle est revenue dans son Pensionnat en 1948, comme institutrice, et apprend à lire et à écrire à des dizaines d’élèves dont certains, comme Jean Jolly et Paul Piro, acquerront une notoriété en exerçant une profession où la maîtrise de la langue française est de rigueur. Elle opte pour l’enseignement public en 1958 et est nommée à Souk-Ahras où elle exerce jusqu’en 1962. Elle y rencontre son futur mari, Vincent Natali qu’elle épouse à Valenciennes (Nord), ville où elle a été affectée après son départ de Bône. C’est en Corse que Doris Natali-Bravin termine sa carrière, après un an à Sartène puis 17 ans à Ajaccio, à l’Ecole mixte de l’ancien collège, devenue groupe scolaire Sampiero dont les salles sont actuellement affectées au musée du souvenir napoléonien.
Retraitée, elle réside à Ajaccio et s’occupe d’associations culturelles dont « Connaissance de la Corse » qu’elle préside.

Doris, poétesse bônoise

Laissons Doris raconter elle-même ses premiers pas dans le monde de la poésie.
«A six ans, on me donna un maître de solfège : Gilbert Bousquet, un homme merveilleux qui nous faisait écouter …vivre la 5e symphonie, l’Ode à la joie, le Carnaval Romain (Berlioz) et bien sûr Mozart ! C’est cette lumière d’harmonie qui éclairera, et continua d’illuminer ma vie.
La poésie ? Premier poème : Blanche neige, en décembre 1938, après avoir vu le film, d’autres suivirent très claudicants, vous vous en doutez.
En 1940, nous avons quitté provisoirement la ville pour une maison en périphérie. Je me retrouvai avec un groupe de petites filles assez délurées qui racontaient des histoires, des aventures imaginées. Moi, fille unique, j’étais dans l’extase quand l’une d’elles se mit à nous faire vivre Les Hauts de Hurlevent qu’elle avait vu au cinéma. La révélation ! Moi aussi, il fallait que j’écrive. Je retrouvai un cahier marqué « le Lido » avec une gondole (je l’ai toujours) où j’avais commencé, quelque temps auparavant « l’histoire de la famille Cochons Roses ». Mais cette fois, plus d’enfantillages, du romantisme ! et j’écrivais le titre : « Mademoiselle de la Fontaineraie ». Mes romans s’arrêtèrent là.
Dans les années 45, un professeur de mathématiques (M. Blanchard) ouvrit dans un journal local « La page de l’AJEB », (Association des Jeunes Etudiants Bônois). Alors, je me lançais et j’envoyais ma légende en forme de vitrail (bien entendu remplie de fautes de prosodie) comme d’ailleurs d’autres textes. Alors, M. Blanchard nous réunit avec des étudiants en lettres d’Alger. Et là, tout un univers s’ouvrit à moi. Ainsi, j’écrivis, en évitant les vers boiteux, en réfléchissant pour éviter les clichés et signais SIRODE dans les poèmes publiés dans la Dépêche de l’Est.»

Doris, la poétesse du coeur

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Doris à Ajaccio en 2010

Exilée sur la terre de France, comme la plupart des Pieds-Noirs, Doris va transcender son talent de poétesse en exaltant la beauté des endroits où elle séjourne. Elle se sent vraiment d’un peu partout depuis qu’elle a quitté Bône et ses compositions poétiques atteignent toujours le cœur des êtres. Ses succès littéraires consacrent Doris comme une grande Dame de la poésie française : qu’on en juge !
En 1967, elle est une des fondatrices du cénacle Froissart dont elle fut la première présidente. Elle a publié dans diverses revues et obtenu de multiples récompenses. Deux recueils édités par Froissart 1977, Déchiffre-moi soleil et Rive Sud, prix de la Fondation Michel-Ange (Corte 1977) et aussi Rose d’Or des Trouvères (Le Touquet 1968).
En 2010, Doris a obtenu le 2e prix de la poésie classique pour « Je te dirai Venise » lors du concours sur « LE VOYAGE » organisé par l’Association Internationale des Belles-Lettres.
La poésie reste une fidèle compagne tout au long de son itinéraire mais Doris est attirée par toutes les formes de création, qu’il s’agisse de danse, de gastronomie. En 1966 elle obtient son premier diplôme de l’Ecole Supérieure de Chorégraphie. En 1988, elle décroche un premier prix de cuisine corse pour un velouté à la châtaigne, dénommé bisque de montagne.

Merci, Doris, pour avoir porté aux pinacles votre sensibilité bônoise et pour nous avoir transmis tant d’émotions à travers vos poésies. L’Amicale des Enfants de Bône est fière de vous compter parmi ses membres.

René VENTO

Mis à jour (Samedi, 29 Juin 2013 22:08)