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Paule BRUSCHINI née BUONO

En septembre 2008, une délégation de l’Amicale des Enfants de Bône, représentée par Cathy MARTHOT et René VENTO, a eu l’honneur et le plaisir d’être accueillie par madame Paule BRUSCHINI à son domicile de Marseille. Au cours d’un entretien de plus de quatre heures, Paule BRUSCHINI nous a fait voyager dans son monde des livres en nous ramenant souvent dans le Bône de son enfance.
Pour ses services rendus à l’Education Nationale et pour son œuvre littéraire, Paule BRUSCHINI a été promue Officier de la Légion d’Honneur le 30 janvier 2008. L’Amicale des Enfants de Bône félicite Paule BRUSCHINI pour cette promotion méritée et tient à lui exprimer toute sa fierté de compter une grande Dame comme elle parmi ses membres.

Paule BRUSCHINI est née en 1913, à Bône, dans le quartier de La Colonne. Fille d’un immigré italien, exerçant la profession de typographe à la Dépêche de l’Est, Paule fut privée de son père, tué à la guerre de 14-18 alors qu’elle n’était qu’un bébé.
Entrée en 1917 au collège de Bône, qui deviendra plus tard le lycée Saint-Augustin, Paule est une élève brillante, particulièrement douée en lecture et en écriture. Dès son plus jeune âge, ses vrais compagnons sont les livres. Dans sa rue, la rue Sadi Carnot, elle se régale du spectacle que lui offre le petit peuple bônois coloré, exubérant et amical.
Titulaire des deux parties du baccalauréat, Paule quitte Bône pour préparer le concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure de Sèvres, une des plus prestigieuses institutions françaises conduisant aux carrières de l’enseignement. Elle y suivra de solides études de lettres classiques qui seront couronnées par sa réussite à l’agrégation à l’âge de 22 ans. Après avoir enseigné pendant 9 ans, notamment à Philippeville, Paule entame une carrière dans l’administration de l’Education Nationale en qualité de Directrice du lycée d’Oran. Elle aurait bien aimé revenir à Bône comme Directrice du collège Saint-Augustin mais son grade d’agrégée l’obligeait à accepter un établissement plus important. En 1946, Paule est nommée Directrice du lycée de Tunis, poste qu’elle quitta en 1957 pour rejoindre Marseille où elle exerça jusqu’en 1977 comme Proviseur du lycée Longchamp.

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Paule BRUSCHINI au Salon de l’art bônois 2005

Après une carrière exemplaire et méritante dans l’Education Nationale, Paule prend sa retraite et s’adonne à la passion qui ne l’a jamais quittée : les livres. Elle consacrera désormais son temps libre en mettant son talent littéraire au service de l’écriture de livres dont certains font revivre les gens de la rue dans une ville paradisiaque qui s’appelait Bône la coquette, à une époque que la plupart d’entre nous n’a pas connue. Son sens aigu de l’observation et son souci de décrire avec des détails non superflus les mœurs des Bônois nous permettent de faire un retour aux sources de nos traditions. Citons, par exemple, ce paragraphe extrait de son livre « PIERETTE OU LES VERTS PARADIS », dans lequel Paule nous décrit un enterrement à La Colonne.
«Et un enterrement, à La Colonne, c’était un spectacle très apprécié, qui faisait s’ouvrir les fenêtres et accourir les badauds, surtout s’il s’agissait d’un monsieur haut-placé, dont le corbillard était donc tiré par des chevaux bien caparaçonnés de draps noirs à grandes larmes d’argent, tout empanaché et couvert de fleurs. Et quand, par hasard, il s’agissait vraiment d’un notable et qu’il y avait la musique, c’était encore plus beau, avec tous ces instruments qui brillaient comme de l’or, et les sons graves et profonds de la « Marche funèbre » de Chopin qui ponctuait tout ça !
Alors, vous comprenez bien que les Colonnois qui, en fait de distractions, n’avaient pas grand chose en dehors de « la retraite aux flambeaux » du 14 juillet et de la fête de Ste-Anne, du 26 du même mois, n’allaient pas bouder le spectacle d’un bel enterrement quand il s’en présentait un… »

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Paule BRUSCHINI et Cathy MARTHOT  au Salon de l’art bônois 2006

Toutefois, l’œuvre de Paule BRUSCHINI ne se limite pas au microcosme bônois. Son immense culture lui a permis de s’intéresser à d’autres gens, d’autres temps et d’autres lieux. Dans son livre « Charles de Sévigné, Gentilhomme du XVIIe siècle », l’auteur analyse les mœurs de l'époque, et la vie d'un gentilhomme de noblesse rurale plus ou moins désargenté. Cet ouvrage est fort agréable à lire, parce que bien documenté et remarquablement bien écrit. Sur Isabelle EBERHARDT, journaliste et écrivain, que l’on considère parfois comme une aventurière mais qui a apporté un témoignage lucide sur l’Algérie de la fin du XIXe siècle, Paule BRUSCHINI est intarissable.
Nous en reparlerons dans la prochaine Dépêche de l’Est.

Cathy MARTHOT et René VENTO

Mis à jour (Samedi, 29 Juin 2013 22:31)