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Chef Rodriguez

 

Si le vent de l’histoire ne l’avait pas poussé hors de sa terre natale, Gérard Rodriguez serait devenu un agent de l’E.G.A. comme son père et aujourd’hui, il habiterait la villa « Les trois Mousquetaires », à la cité Montplaisant. Parti de Bône à l’âge de 13 ans, il garde toujours les stigmates de cet arrachement à sa ville mais, en revanche, il a emporté avec lui cet esprit pionnier, transmis par plusieurs générations de Pieds-Noirs, qui lui a donné la force et la volonté de se battre pour réussir dans tout ce qu’il entreprend.

Suivons le parcours exceptionnel de cet enfant de Bône devenu un des grands chefs de cuisine au Canada.

 

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The Master Chef Gérard Rodriguez

 

Gérard Rodriguez est né en 1949 au numéro 12 de la rue du Docteur Mestre, située entre la rue Sadi-Carnot et le boulevard Papier. Son père, Jean Rodriguez, né à Philippeville, est d’origine italienne et sa mère, Marie-Louise Restouin, née à Lamy, d’origine alsacienne. Comme beaucoup de petits Bônois, il commence sa scolarité à l’école de la doctrine chrétienne plus connue sous le nom d’école des sœurs, dont une entrée se situait place Alexis Lambert et l’autre, rue Bugeaud.

En 1957, il déménage pour habiter la coquette villa que ses parents viennent de faire construire à la cité Montplaisant, tout près des plages Saint-Cloud et Gassiot. Il est élève de l’école Beauséjour puis de celle de Saint-Cloud. Les années bonheur commencent alors pour Gérard dans cet environnement paradisiaque qui a laissé une trace indélébile dans sa mémoire. Pour nous faire partager les jours heureux de son enfance, Gérard a écrit plusieurs articles dont certains ont été publiés dans des précédents numéros de la Dépêche.

 

  • L’arrachement à la terre natale

Et puis ce fut l’exode de 1962 avec l’abandon de la maison familiale. Gérard, âgé de 13 ans, se retrouve en exil sur une terre hostile, d’abord à Toulouse ensuite à Louviers, en Normandie,  dans des conditions précaires qui ont transformé l’enfant heureux en préadolescent vindicatif animé par la volonté de réparer l’injustice dont il avait été victime avec sa famille. Il s’acharne au travail et suit une formation professionnelle dans les activités de tourisme. Il décroche le certificat de formation hôtelière et démarre dans la vie active comme cuisinier de l’hôtel Amirauté de Vichy en 1974. On retrouve Gérard à Marseille de 1974 à 1976, au restaurant « Lucullus » sur le cours Julien où il travaille comme chef de cuisine.

 

  • Départ vers le Canada

Malgré un avenir prometteur dans une profession qu’il exerce avec passion, Gérard veut aller toujours plus loin et plus haut. Aussi, en 1976,  part-il au Canada, à Montréal, tenter sa chance dans un secteur où les Français ont acquis une bonne réputation. Il débute comme cuisinier au Mount Stephen Club  à  Montréal et acquiert la nationalité canadienne en 1979. De 1983 à 1985, il est chef cuisinier sur la base vie d’Alger où travaillent 2000 Canadiens pour la construction du palais des congrès et d’un musée. De 1986 à 1987, il exerce comme chef de cuisine à Hydro-quebec (équivalent de EDF en France). Enfin, de 1987 à 2011, il est chef exécutif au Club de Golf Hillsdale où il termine sa carrière*.

Ses qualités professionnelles, reconnues par ses pairs, le hissent parmi les grands chefs de cuisine du Québec puisqu’il est Membre de la société des chefs de la province de Québec, Membre de la Fédération des chefs de cuisine du Canada, Membre des toques d’or du  Québec, Membre des toques blanches de la province du Québec.

 

  • Canadien, oui, mais d’abord Bônois

Malgré le temps qui passe en  estompant les souvenirs et son statut de citoyen canadien, Gérard n’a rien perdu de son humour bônois assorti d’un vocabulaire encore plus truculent puisqu’il peut associer le populaire juron « Diocane » avec le fameux  « Tabernacle » du répertoire québécois.

Gérard, atteint de nostalgérie, est revenu plusieurs fois à Bône sur les traces de son enfance. Dans sa maison de la cité Montplaisant, il aurait tant aimé rentrer pour revivre, le temps d’une pensée, les jours heureux de son enfance mais l’occupant actuel des lieux lui a toujours refusé ce moment de bonheur en lui fermant la porte. Toutefois, Gérard ne s’est pas laissé abattre par l’indélicatesse de ce « propriétaire » qui, finalement, a raté l’occasion d’être honoré par la visite d’un grand chef de cuisine du Canada.

La réussite de Gérard Rodriguez prouve, une fois de plus, que beaucoup de Pieds-Noirs ont vu leurs capacités créatives stimulées par la tragédie de l’exode et que les Algériens ont beaucoup perdu en les chassant.

 

Alors Gérard, nous te disons bravo pour avoir fait fructifier le savoir-faire de chez nous auprès des gens de là-bas, au Québec. Tu as visité les plus beaux endroits de la planète et pourtant  « tu es tombé en amour » d’une seule ville, Bône, ton paradis perdu.

René VENTO

* Vous pouvez visiter son site web « La cuisine du chef Gérard Rodriguez » : http://www.monalbum.fr/Album=GP44NN3D.

 

Mis à jour (Lundi, 23 Mars 2015 08:35)