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CONFERENCE DE MARC DONATO
Laurent ROPA «Ecrivain Bônois» : Bône à travers ses livres

Retour aux sources, pour les membres de l’Amicale, le 30 Janvier 2005, Maison Alphonse Juin. Dès 15 heures, Marc DONATO nous convie à un voyage littéraire passionnant, en présence du petit Neveu de l’Ecrivain, Christian MIZZI et son épouse.

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Naissance de Laurent, en 1891, à Xaghra, Malte. Arrivée, à Bône, deux ans plus tard, de la Famille qui s’agrandit : six enfants au nid. Laurent connaît, bien jeune, l’apprentissage du travail manuel. Brillant élève, il écrit des poèmes remarqués. Il est admis à l’Ecole Normale, mais, cruellement, marqué par le décès d’une Mère tant aimée ! Il est Instituteur, lorsque la guerre éclate. Rapatrié sanitaire, en France, dans la Sarthe, il rencontre Marguerite, qu’il épouse en 1917. Sa vie se passe dans ce département où il devient Directeur de Collège.

Sa plume raconte, peint, fait vivre Bône. Constante activité littéraire : trois romans : Le chant de la Noria (considéré comme l’un des plus beaux livres sur l’Algérie), Khâline, Bou Ras. Ses poèmes sont regroupés dans un cycle « Le tombeau de Bou Ras », qui offre un tryptique : « Le jardin de l’Allélick », « La prière à Hippone », « Notre Dame de Vie ».
Rédacteur de très nombreux articles, études, notamment dans la revue « Melita », il se révèle le promoteur du mouvement de renaissance maltaise. Il traduit, en langue française, les œuvres de son île natale. Son activité est intense ! D’autres rédigent des articles sur Laurent ROPA.
Décès de l’ Ecrivain : le 29 mars 1967, à Piacé, Sartthe.
Quelques années plus tard : île de Gozo : inauguration, à Xaghra, d’une plaque commémorative du romancier poète, et, à Victoria, dans un parc, d’un monument surmonté du buste de ce jeune Bônois, devenu célèbre.

Le brillant conférencier nous entraîne dans une promenade historique à travers la ville, chère à nos cœurs.
Escales nombreuses, au gré des lectures, si variées, d’extraits de l’œuvre ! Ecriture colorée, phrases courtes, précises, profondes. Langage pur, classique. Tout respire Bône, tout dévoile les sentiments , les idées de Laurent. La ville ressurgit depuis l’Antiquité. Les photos (projetées par René VENTO) sont accompagnées de commentaires détailles. L’histoire de Bône nous captive !

Après cette peinture de l’époque, s’ouvrant sur différentes périodes de l’Histoire, Marc exprime ses remerciements à celui, et celles qui ont contribué, par leurs précisions, à la rédaction de sa conférence, notamment Raymonde Ropa, Nièce de l’Ecrivain, et son époux Marius Cammileri. Christian Mizzi, très ému, remercie au nom de au nom de sa Famille, et se fait le messager du fils et de la fille de Laurent Ropa, Denis et Edith, qui n’ont pu se déplacer.

Applaudissements chaleureux, émouvants, si sincères, si fraternels !

Merci, Marc !

Noëlle d’ IPPOLITO

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LE CHANT DE LA NORIA

C'est le titre du premier ouvrage, paru en 1932 et qui reçoit une critique fort élogieuse. Laurent Ropa y décrit la vie souvent misérable des émigrants maltais et de leurs ouvriers kabyles qui ont défriché, mis en valeur la plaine de la Seybouse. Paysages de soleil et de verdure, rude labeur quotidien des hommes et des bêtes, joies intimes et douloureuses épreuves d'une humble famille paysanne en font un livre attachant, plein de vie et d'émotion. C'est aussi un document remarquable sur l'Algérie d'avant 1914, réédité en 1980 par le Cercle Algérianiste aux Editions de l'Atlanthrope ; actuellement épuisé.

Extraits de l’ouvrage « LE CHANT DE LA NORIA » avec commentaires de Marc DONATO

"Vers 7 ou 8 ans, de notre propre initiative, nous nous louions, mon frère et moi, dans une briqueterie où nous sortions du four les briques cuites ; ou comme débardeurs au port où nous aidions, avec beaucoup d'autres enfants plus âgés, à débarquer des briques de Marseille. J'ai été loué aussi par un marchand ambulant de fruits et de légumes; il me faisait porter avec lui un énorme panier à poignées, chargé plus que raisonnablement. Le porteur criait sa marchandise, puis me demandait de crier à mon tour: Il paraît que je n'avais pas le ton convenable. Il m'envoyait aussi vendre des bottes d'oignon ou d'ail : je rentrais toujours bredouille. Il fallut conclure que je n'étais pas fait pour le commerce...". "Enfin, continue-t-il, mon père loua un jardin dans la banlieue de l'antique Hippone, à l'Allélik. L'Allélik est ma véritable patrie". "A six ans, j'étais entré à l'école communale. Maintenant l'école était à six kilomètres, le hameau n'ayant pas la sienne. Il fallait faire le chemin à pied, matin et soir, par tous les temps. Bientôt, je profitais avec mon frère de la voiture qui transportait les légumes aux halles : réveil à trois heures chaque matin. Nous emportions notre repas de midi : pain, quelques olives ou un fromage de chèvre, un fruit. Parfois, nous prenions, pour un sou chacun, une portion de pois chiches, de haricots ou de fèves au cumin, chez un gargotier ambulant arabe. Les jeudis et aux grandes vacances, j'étais gardien de noria - il s'agissait d'empêcher le cheval ou le mulet de service de s'arrêter - et je menais les bœufs aux champs."

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Connaissant le chemin parcouru depuis l'Allelick par les charrettes du marché, sachant que le seul pont praticable était celui d'Hippone, il est vraisemblable que Laurent Ropa fréquentait les écoles qui avaient été construites au niveau du marabout de Sidi-Brahim, lui-même édifié sur les ruines d'une basilique romaine d'Hippone

Après un désaccord avec son patron, le père de Laurent doit quitter la propriété où il travaille et la famille vient s'installer en ville (Rue Bugeaud), période très pénible pour la maman qui ne rêve que de revenir à la campagne. Dora est la maman de Laurent.

"La ville, cependant, ne la gagnait pas. Dora s'était faite blanchisseuse. Accaparée par son travail de l'aube à la nuit, ses enfants lui échappaient : toujours partis, sales, déguenillés, pieds nus, sans chapeau, en compagnie des " diocanes " du quartier qui les entraînaient en des expéditions lointaines et périlleuses, à la campagne ou à la mer. La maman ne cessait de s'alarmer. La maison, où logeaient surtout des charretiers et des débardeurs siciliens, napolitains ou maltais, devenait, plusieurs fois par jour, le théâtre de scènes affreuses : ivrognes battant leurs compagnes, cris d'enfants terrorisés, disputes de femmes dont les clameurs belliqueuses et ignobles faisaient trembler les murailles. Dora en était dégoûtée et effrayée ; aussi, malgré la douceur de certaines amitiés, elle ne s'habituait pas à cette vie, elle ne se faisait pas à la ville : son âme regrettait toujours la campagne; elle pleurait le jardin."

Document fourni par Marc DONATO

Mis à jour (Samedi, 02 Janvier 2010 15:44)