PostHeaderIcon Marc DONATO fait son "chaud"

Le public bônois garde encore en mémoire la prestigieuse prestation de Marc DONATO dans ses « KAOULADES 2008 ». Aussi, dimanche 18 janvier 2009, plus de 150 personnes se sont-elles retrouvées dans la maison Maréchal JUIN à Aix-en-Provence pour assister au « One Man Show » de notre ami Marc qui, une fois de plus, nous a confirmé ses talents de conteur, d’acteur, de poète et de jongleur de mots. Marc nous a offert une ballade au royaume des lettres avec un itinéraire qui passait souvent par Bône, sa ville natale dont il a gardé l’empreinte indélébile dans son accent, son humour et surtout dans son cœur.
Du bonheur à l’état pur pour tous ceux qui ont eu le plaisir d’assister à ce divertissement et, pour consoler ceux qui n’ont pu se déplacer, voici un petit aperçu des moments forts. Si vous êtes internautes, vous pourrez voir et entendre sur notre site quelques extraits.

Marc entre en scène et nous annonce, aussi sec, qu’il n’a rien à dire ! Le public joue le jeu et certains font mine de se lever pour partir mais chacun sait que, lorsqu’un Bônois ne dit rien, c’est qu’il se prépare à beaucoup tchatcher. Effectivement, en nous lisant un texte de Bernard DIMEY, intitulé « Quand on a rien à dire », Marc nous a convaincu que parler pour ne rien dire nous hisse au sommet de l’imbécillité. Certains hommes politiques, spécialistes de la langue de bois, devraient relire ce texte !

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Marc DONATO et Christian MIGLIASSO

Puis commence une ballade dans Bône en suivant l’itinéraire des cars NUNCIE lors du ramassage scolaire des élèves se rendant au collège d’Alzon. Notre guide, en l’occurrence Marc, agrémente la ballade en nous racontant quelques anecdotes dans lesquelles il est souvent question de corbillards et de morts. Il est vrai qu’à Bône, ville possédant le plus beau cimetière du monde, le faste des enterrements dédramatisait la mort qui devenait souvent un sujet de dérision inspirant les auteurs d’histoires bônoises. On comprend pourquoi les deux récits « La course de corbillards » et « Un mort peut en cacher un autre » ont déclenché des éclats de rire parmi les spectateurs, preuve qu’ils ne sont pas devenus amnésiques de leurs traditions populaires.

Suit une série de sept poèmes sur des proverbes détournés. Dans un premier temps, Marc lit un poème de sa composition puis, le public est invité à retrouver le proverbe servant de conclusion. Les chuchotements dans la salle témoignent de l’intense activité mentale de la gent bônoise. Soudain, une phrase apparaît sur l’écran et là, oh surprise, ce n’est pas tout à fait le proverbe attendu mais un proverbe détourné qui ressemble à l’authentique, à un ou deux mots près. Rires des spectateurs, suivis de soupirs de soulagement lorsque le vrai proverbe remplace l’usurpateur sur l’écran.
Ouf !! la morale est sauve et une salve d’applaudissements salue la performance littéraire de Marc. Voici l’un de ces poèmes :

Un mauvais élève.
Une infirmière experte avait été chargée
D'apprendre à un novice tout l'art du pansement.
Tous les jours, patiemment, elle le corrigeait
Pour qu'il sût la façon de panser dignement.
Las, l'élève fut rebelle à son enseignement.
Malgré tous ses efforts, elle ne parvint jamais
A bien le faire soigner irréprochablement.
Il dut quitter l'emploi. Il traîne désormais
Lui qui ne sut bander - ce n'était pas de pot -
A entasser des boîtes quelque part chez Velpo.

Moralité : Honni soit qui mal y panse.

Après les jeux de mots, les jeux du sexe ! Marc nous avertit qu’il nous a concocté une séquence coquine pour entretenir la flamme vacillante de nos ardeurs amoureuses. Que les âmes prudes se rassurent, il ne s’agissait pas de pratiques mais tout simplement de pensées qui se dégageaient de beaux textes de la littérature, moralement corrects du moins en première lecture.
En avant goût de la séquence coquine, Marc a revêtue une tenue appropriée pour se mettre dans la peau d’un enfant passant à la télé dans la célèbre émission de Jacques MARTIN « l’école des fans », devenue pour la circonstance « l’école des fanés ». Le public est plié en deux de rire (à se taper le cul par terre) et une fois de plus Marc nous prouve que s’il peut nous faire pleurer d’émotion il sait aussi nous faire pleurer de rire.

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Marc dans l’école des fanés

Suit un poème coquin d’Alfred ADAM dont voici le début :

La première fois quand je l'ai vue,
J'ai tout de suite remarqué son regard :
J'en étais complètement hagard.

Dans ce jardin du Luxembourg
Je me suis dit : il faut que je l'aborde
Pour voir si tous les deux on s'accorde.

Les spectateurs sont alors invités à faire rimer le deuxième vers de chaque strophe avec le premier au lieu du troisième. Essayez et vous verrez combien votre imagination devient fertile dès qu’il s’agit d’abaisser la verve poétique au dessous de la ceinture !
Pour terminer cette séquence coquine, Marc nous a donné le code permettant d’entrer dans la confidence d’une correspondance érotique entre Alfred de Musset et Georges SAND. On badinait beaucoup avec l’amour en ce temps-là et pas seulement à coup de gros mots !

Sans oublier sa terre natale, Marc a voulu saluer sa terre d’exil, devenue terre d’adoption, en nous transportant au gré des flots dans un poème inspiré de la Trilogie de Pagnol et intitulé le retour du marin. Constatant que les Bônois avaient toujours le pied marin, il les a transporté chez les Ch’tis avec une chanson dont le refrain

Quand la mer monte, j'ai honte, j’ai honte,
Quand elle descend, je l'attends,
A marée basse, elle est partie hélas,
A marée haute, avec un autre.

a été chanté à l’unisson par un public ravi qui n’a pas hésité à se lancer dans un mouvement d’épaules oscillant pour se donner du vague à l’âme.

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Un public attentif et ému

En dernière partie, la séquence émotion, pour nous rappeler que nous sommes une des dernières générations de Bônois et que nous vieillissons en nous rapprochant inexorablement de la fin de l’histoire. Marc nous a fait comprendre qu’il fallait y penser sans gâcher pour autant les heureux moments qui nous restent à vivre. Pour nous inciter à en faire autant, il nous a lu son testament poétique « complainte pour être enterré sur les pentes de Montfuron » dont nous reproduisons l’introduction.

« Brassens avait sa plage à Sète, Paul Valéry, ses dauphins, son caveau de famille plein comme un œuf, et il a ri de la mort, la camarde. La maladie, la rémission, la mort...Viendra bien un jour... Autant en rire aussi.
Moi, je n'ai plus mon caveau de famille à Bône (armes avec jujubier), je n'ai plus la mer, ses dauphins, ma corniche... Alors j'ai choisi le Luberon, ses ocres, ses cheminées de fées à Saignon.
Les noms illustres de ceux qui y sont enterrés tout près de chez moi : l'écrivain Henri Bosco, le dessinateur poète, ami de Giono Lucien Jacques, la poétesse Lucienne Desnoues, le photographe Henri Cartier-Bresson.
Tout près de Manosque, pays de Giono où l'osco était l'unité de mesure par excellence, un petit village perché à 650 mètres : Montfuron, la chapelle Saint-Elzéar, le petit cimetière avec mon ami Luquet et son pote, le facétieux Gaétan, sorti d'un de mes livres de nouvelles ».

Dans un silence religieux, la salle écoute notre ami Marc nous confier ses ultimes souhaits pour le reste de ses jours lorsque le Taddo local l’accueillera. La beauté du texte et le parfum de douceur provençale qu’il dégage mérite que ce testament soit publié en entier, ce que nous ferons dans le prochain numéro.

En point d’orgue à ce divertissement, Marc a réalisé un diaporama qu’il a accompagné en lisant un texte de sa composition : Dans mon cœur de Bônois. Une ode à sa ville, Bône, son site paradisiaque, ses traditions culinaires, son épouse, ses ascendants et un message pour que ses descendants n’oublient jamais cette aventure extraordinaire, imprégnée d’amour et de souffrance, vécue par tous ceux qui ont fait l’Algérie Française.

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Un public ravi qui se lève pour applaudir

Merci, Marc, pour ces instants sublimes que tu nous as offerts : tu as bien mérité la standing ovation que le public t’a décernée pour exprimer l’intense bonheur qu’il a eu à t’écouter.

René VENTO

Mis à jour (Samedi, 02 Janvier 2010 15:36)