PostHeaderIcon Le quai Warnier

Le quai Nord, appelé vers 1900 quai Warnier en hommage à ce grand Algérianiste, a été le premier ouvrage que s’est empressé de réaliser dès 1844 l’administration pour accueillir le trafic de bateaux de plus en plus important avec les villes côtières et la métropole. Il resta pendant de longues années le seul quai accessible compte tenu du gros problème que présentait, coté Est, l’embouchure de la Boudjima qui envasait inlassablement, ce qui devait devenir, la petite darse.
De nombreux projets furent présentés et abandonnés. La construction de la darse, ne fut exécutée, par l’entrepreneur Castor, que de 1867 à 1870, mais il a fallu attendre 1876 pour la réalisation définitive de la déviation de la Boudjima dans le lit de la Seybouse. Le quai Warnier entre temps recevait, les trois plus vieilles compagnies maritimes. C’est en effet, dès 1847 que s’établit la Compagnie de Navigation Mixte « La Touache » avec des navires à aubes qui furent remplacés en 1852 par des navires à hélices marchant à la vapeur, et à la voile lorsque le vent était propice, d’où son nom de navigation mixte.
Puis s’installa la Société Maritime équipée de vapeurs à quatre mâts qui assurait le service entre Bône et Sète. Enfin la Compagnie Valéry organisait, dès 1871, entre Bône, la Corse et Marseille des services réguliers pour les voyageurs, les marchandises et le courrier postal au moyen de bateaux marchant à la vitesse de 12 nœuds. Elle fut absorbée dés 1880 par la Compagnie Transatlantique équipée de nouveaux bateaux filant à 15 nœuds.


Le quai Warnier en 1900

Toutes les trois étaient alignées sur la voie charretière entre les remparts de la Porte de la Marine et la mer. Maître Louis Arnaud dans son livre « Bône son histoire ses histoires » nous précise « qu’entre la « Touache » et la « Transat », comme s’il s’agissait de séparer efficacement deux concurrents, il y avait le vieux « Café de Belfort » où trônait la jeune et jolie Mme Di Luca, dont la partie postérieure était telle qu’il lui fallait deux chaises pour s’asseoir ».

D’autres compagnies et agences s’installèrent également par la suite (l’agence Antoine Teddé, les armateurs Caillot, Saint Pierre, Prosper Durand et Schiaffino…)

Le quai Warnier était aussi pour les bônois un lieu de promenade et de distraction, les mouvements des bateaux, l’arrivée des chalutiers déchargeant leurs casiers aux poissons multicolores.

Ces paquebots alignés nous faisaient rêver. Un, tout particulièrement, « Le Ville de Bordeaux » tout blanc, qui, je ne le savais pas encore m’enlèverait à tout jamais de mon sol natal…


Quai Warnier en 1962

Auguste-Hubert WARNIER
(Rocroi 1810-Versailles 1873)

Homme politique, chirurgien militaire, arrive à Oran en 1834 pour y combattre la première épidémie cholérique. Grâce à sa profonde connaissance de la langue arabe, il suit le commissaire du roi comme attaché au consulat de France à Mascara, chargé de mission auprès d’Abd-el-Kader.

En 1835, il recueille les malades, les blessés, les viellards, les enfants abandonnés à Mascara, après le pillage de cette ville par les troupes d’Abd-el-Kader, et les ramène à Mostaganem. Il est cité pour ce fait à l’ordre de l’armée. En 1844, adjoint au Prince de Joinville, il joue un rôle politique dans la campagne maritime du Maroc.
Le docteur WARNIER remplit les plus périlleuses missions avant les bombardements de Tanger et de Mogador, négocie et fait signer le traité de paix qui, trois ans plus tard, devait obliger Abd-el-Kader à déposer les armes entre les mains du général de La Moricière et du Duc d’Aumale. Il est nommé officier de la Légion d’Honneur.
Ses connaissances de la population locale le font nommer à la Commission Scientifique en 1840 et participer aux travaux d’Enfantin, chargé d’argumenter l’intérêt qu’il y a à conserver l’Algérie.

Il prend part à la colonisation du Kroubs et aux travaux de l’Edough en 1847. Il est en 1848, directeur des Affaires Civiles d’Oran et membre du Conseil du Gouvernement.

En 1850 et 1851, il est rédacteur du journal « l’Atlas », supprimé lors du coup d’Etat. Il s’élève contre la conception de « royaume arabe » de Napoléon III, préférant protéger les petits colons .

A la chute de l’Empire en 1870, le docteur Warnier est nommé préfet d’Alger, puis député en 1871.

On peut dire du docteur Warnier que ce noble et vaillant caractère a été pour l’Algérie dans l’ordre des faits civils ce qu’a été pour elle le Maréchal Bugeaud dans l’ordre des faits militaires.

Ces deux célébrités algériennes ont mis en effet, avec la plus intelligente, la plus patriotique obstination, au service de cette autre France, l’un son épée, l’autre sa plume, l’un sa bravoure, l’autre son éloquence.

Yves MARTHOT

Bibliographie :

  • Bône son histoire ses histoires (Louis Arnaud)
  • Le Livre d’or de l’Algérie (Narcisse Faucon)
  • Des chemins et des hommes (Janine de La Hogue)

Mis à jour (Jeudi, 31 Décembre 2009 02:42)