PostHeaderIcon L'Orangerie

L'Orangerie, mon quartier, mon havre de paix

Ce quartier était délimité par les Lauriers Roses, la cité Juanola et la Colonne. Il fut construit aux environs de 1930, grâce à la loi Loucheur, du nom du ministre du travail de l’époque. Selon les dispositions de cette loi, les particuliers pouvaient emprunter à taux réduit auprès des banques afin d’y faire construire un pavillon.

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Plan de l’Orangerie

Cet ensemble était habité par une majorité de fonctionnaires : agents de l’E.G.A (Electricité et gaz d’Algérie), des P.T.T (Poste, Télégramme, Téléphone) et des CFA (Chemin de Fer Algériens). Le plus facile pour y accéder en venant de la ville, c’était d’emprunter la rue Galdès qui traversait la rue Eugène François, le Boulevard Lavigerie et, au numéro 54, là où j’habitais, où je suis né, et plus tard, bien plus tard, avec mon épouse où nous résidions.

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Au milieu, à gauche, maison natale de Christian Migliasso

L’Orangerie quartier de mon cœur commençait. Le panneau en ferronnerie avec son N à l’envers est toujours en place, planté dans la villa qui appartenait à Mr. et Mme Vallée, les parents de notre adhérent et ami d’Enfance Lucien. Il indiquait l’entrée de l’Orangerie, L’origine du nom de ce quartier est probablement due à l’existence de plantations d’orangers avant son urbanisation.

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Panneau d’entrée de l’Orangerie

Ce quartier était majoritairement construit de petites villas et les quelques immeubles ne dépassaient pas un, voire deux étages. Un petit îlot de maisons formait un triangle qu’on appelait « le Tour Du Cœur ». C’est là que les compétitions de toutes sortes se faisaient : courses à Pieds, à vélo, en Formule 1 (nos voitures à roulements à billes !! made-in-Bône!!).
L’école était au centre du quartier et ,grâce au dévouement de ses maîtres, elle a réussi à faire de ses élèves, des femmes et hommes armés pour appréhender au mieux les difficultés de la vie. Une autre école se situait rue Richelieu : nous l’appelions «Ecole Italienne». Je n’ai aucune information précisant l’origine de cette dénomination.
En empruntant le chemin de la fabrique d’allumettes, voie non goudronnée qui passait derrière «l’Algérienne Automobile » et lieu de toutes les rencontres de foot finissant le plus souvent en pugilat, on arrivait directement au Collège Technique où j’ai fait mes études secondaires.
Avec les copains, au fond de l’aire de jeu qui servait de stade au collège, nous avions fait un trou dans le mur afin de pouvoir sécher un cours lorsque celui-ci ne nous intéressait pas. Lors de nos récents voyages à Bône, nous avons pu constater que ce trou existait toujours.
Au nord de l’Orangerie, le Ruisseau d’Or était longé par une haie de mûriers où l’on allait cueillir des feuilles fraîches pour nourrir nos vers à soie.

Ce quartier était très bien pourvu en commerces : deux boulangeries, celles de Messieurs Mattéra et Gastaldi ; deux épiceries ; « un four banal » où l’on portait nos fougasses à cuire et nos divers gâteaux car les appareils de cuisson faisaient défaut à la maison à cette époque. Ce four se situait au 46 rue Galdès et était appelé « Four Russe» car il appartenait à monsieur Georges Bendebery, ex lieutenant des Cosaques qui, en 1918, lors de la révolution bolchévique, avait fui la Crimée dont il était natif. Il était titulaire de la Médaille de la Défense passive pour son volontariat à Bône, durant la guerre de 39-45.

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La rue Galdès en 2007. Au premier plan, à droite, l’ancien emplacement du four russe.

Toujours parmi les commerces, on trouvait une boucherie charcuterie, dont je ne me souviens plus le nom, et quelques marchands de légumes répartis dans tout le quartier. Il y avait aussi un tailleur, Mr Naouri, et un cordonnier, Mr. Monacchino, qui ressemelait nos chaussures martyrisées par nos interminables parties de foot. Le tertiaire existait aussi si on se réfère aux transports terrestres par charrettes à chevaux des Etablissements Curmi. Une grosse production laitière était aussi en service : celle de Mr. Bugégea . Nos premières cigarettes, nous les achetions en bas de chez moi, chez Mr. Boussaid.

Dans des numéros précédents de la Dépêche de l’Est, j’avais relaté les quelques gamineries de nos âges, avec le cerisier de Madame Giovacchini et les petites misères que nous faisions à Benguèche. Lorsqu’il passait devant chez moi, en fin d’après-midi, nous mettions un porte-monnaie attaché à un fil de pêche et, au moment où le pauvre homme se baissait pour le ramasser, nous tirions sur le fil afin de faire disparaître le porte-monnaie. Benguèche pestait et cela nous amusait. Il habitait l’Orangerie.

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De gauche à droite : Migliasso, Benguèche, Pino, Linares, Longo et Mattéra.

Le dimanche matin, après le rassemblement devant la boulangerie Mattéra nous prenions la direction de l’église Sainte-Anne pour assister à la messe. Au retour, on s’arrêtait chez le marchand de beignets, situé à l’angle des rues Galdès et du boulevard Lavigerie, pour y consommer sa production, bien souvent présentée dans du papier journal sans que personne n’y trouvât à redire. En période du Ramadan, on attendait impatiemment la rupture du jeun pour aller déguster les breaks, les figues de barbarie, les jujubes que nous vendaient les marchands de bonheur depuis leurs étals sur des charrettes tirées par un âne à bout de souffle.

Je profite de l’évocation de mon quartier pour citer tous mes copains et copines durant ce temps béni : Joseph Adamo, Christian Galéa, Paul et Charles Ciantar, Arsène Marhez, William Vangioni, Roger Valero, Jean-Pierre Mattera, Jacky Xerri .Lucien Vallée, Paul Impagliazzo, Jean-Pierre Barbon, Vincent Gonzales, Edmond Garguillo, Stéphane Monacchino, Pino, Longo ,Linares…. et je prie ceux qui ne sont pas cités de pardonner ma mémoire défaillante.
Les Filles… Lucette, France, Jacqueline, Michelle, Sylviane, Jocelyne…J’arrête là, afin que ma compagne depuis près de 50 ans ne prenne ombrage. Tout ce beau monde s’est retrouvé naturellement à l’Amicale en tant qu’adhérents et certains avec moi au Conseil d’Administration.
Il était interdit à tout étranger de venir chasser sur nos terres ; le premier quidam qui pénétrait sur notre territoire repartait avec un souvenir impérissable, lui interdisant toutes tentatives de recommencer. Roues de vélo crevées ou confisquées… etc. Cette bande de copains était unie mais une seule chose nous séparait…Devinez !! Le Foot. Le dimanche, lors des matches, A.S.B-J.B.A.C ou A.S.B.-U.S.M.B ou J.B.A.C-U.S.M, malheur aux supporters de l’équipe perdante. La déception passant assez vite , on se retrouvait sur le Cours Bertagna pour prendre le chemin du retour et sentir à nouveau les parfums que nous diffusaient généreusement les arbustes des villas du quartier.

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De gauche à droite : Joseph Adamo, Jean-Pierre Mattéra, Christian Migliasso, Lucien Vallée et Jean-Pierre Barbon.

Aujourd’hui, 48 ans sont passés, je suis retourné plusieurs fois voir ma maison, les rues où je jouais et à chaque fois une émotion intense m’envahit, m’obligeant à cacher mes larmes par pudeur.

Pour terminer, je tiens à remercier, mes amis d’enfance, Charles Ciantar, Wiliam Vagioni, Jean-Pierre Barbon et Christian Galéa, qui ont contribué à vous parler d’un bonheur qui n’existe plus …..l’Orangerie.

Christian MIGLIASSO

Mis à jour (Jeudi, 09 Décembre 2010 14:16)