PostHeaderIcon L'épidémie de 1883

« C’est par Maillot que l’Algérie a pu devenir terre française. C’est lui qui a fermé et scellé pour jamais le tombeau des chrétiens ».

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Pour bien comprendre le sens de cette citation du docteur J.Guignet lors du Congrès Scientifique D’ALGER de 1882, examinons la situation sanitaire en Algérie et plus particulièrement à Bône en 1832 qui est catastrophique.

Le docteur Hutin, médecin à cette date à l’hôpital militaire (ancienne mosquée SIDI MEROUANE) auteur d’un ouvrage « L’épidémie de Paludisme à Bône en 1833 », donne une description détaillée de la ville à cette période. « Lors de la prise de la Kasbah le 27 mars 1832, les troupes de Beni Aissa lèvent le camp le 28 après avoir pillé la ville et massacré un certain nombre de ses habitants. Ils mettent le feu aux plantations de la plaine et à certains quartiers de la ville, ne laissant ainsi que des marécages et des ruines aux français. La population est terrorisée, assoiffée et malade. Des 17 fontaines alimentées par l’aqueduc, une seule existe encore. Les égouts sont bouchés et débordent ».

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La population civile fut relativement épargnée, elle se composait de 2607 âmes et ne perdit que 124 individus.

Tel est le contexte dans lequel Maillot arrive à Bône, le 7 janvier 1834. Il n’avait que 30 ans et était né à Briey en Moselle. Il avait été affecté à Alger en 1832, lors de l’épidémie de paludisme qui couvrait toute la plaine de la Mitidja, couverte de marécages. Il mit à profit cette première expérience et expérimenta sur ces malades le traitement de sulfate de quinine, prescrite, à faible dose et seulement dans le cas de fièvres intermittentes (200mg/jour). Il porta cette dose jusqu’à 2gr/jour et fit diminuer fortement la mortalité, ramenée de 1 sur 3 en 1833 à 1 sur 20 en 1834.

La quinine, médicament exclusif du paludisme durant prés d’un siècle a été extraite par Pelletier et Caventou en 1820 de l’écorce de « Quinquina », mais ces effets sur les fièvres, datent de 1630, découvertes par les indiens du Pérou qui l’appelaient « Quina-Quina » du nom de l’écorse.

Devant ces résultats, le général Monck d’Uzer, premier commandant la place de Bône depuis le 16 mai 1882, adresse le 10 mars 1835 au ministre de la santé le courrier suivant : « Je demande avec la plus vive insistance la décoration de la légion d’honneur en faveur de M. Maillot, médecin en chef de l’hôpital de Bône. Les services qu’il n’a cessé de rendre pendant son séjour lui ont mérité l’estime et la bienveillance de toute la garnison. M.Maillot a parfaitement connu la maladie qui avait décimé la garnison en 1832 et 1833. C’est à son expérience que nous devons d’avoir perdu aussi peu de monde ; jamais récompense n’a été mieux méritée » Maillot attendra encore cinq ans avant d’être décoré, le 15 novembre 1839, ou il fut admis dans l’ordre royal de la légion d’honneur avec le grade de Chevalier.

Une stèle commémorative a été installée à l’entrée de la chapelle de l’hôpital militaire de Bône (voir photo). Elle porte l’inscription suivante :

« L’emploi du sulfate de quinine à haute dose dans le traitement des fièvres intermittentes, pseudo continues et pernicieuses, autrefois si meurtrière inauguré à Bône en 1833 par le Médecin major MALLOT a sauvé des milliers de soldats et fut le salut de la colonisation. Le nom de MAILLOT doit être placé parmi ceux qui honorent le plus la France et l’Humanité ».

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« La ville de Bône présentait à ce moment un aspect déchirant ; les maisons en ruine étaient encore fumantes et inhabitées ; dans les rues désertes et encombrées de débris, on ne rencontrait que des chiens et des chats maigres, affamés et errants. Des eaux croupissantes dans des cloaques infects, des cadavres humains à demi enterrés, des animaux morts de famine exhalaient des odeurs pestilentielles » dit Férant cité par Legrain et Rieux.

C’est alors qu’une épidémie vint s’abattre sur la garnison de Bône dès juillet 1833. Les archives du ministère de la guerre contiennent une lettre de Bône, en date du 22 juillet 1833, écrite par un maréchal de camp et qui fait ressortir, elle aussi, l’état sanitaire déplorable de la garnison. « Le 6ème bataillon de la légion étrangère est dans une position bien fâcheuse ; tout son monde est à l’hôpital ou malade à la chambre. La mortalité y est grande ainsi que dans le 55e ; depuis cinq jours, nous avons eu 64 morts. Malheureusement, nous prévoyons des pertes plus considérables. Le 55e, sur un effectif de 2480 hommes, compte 1900 hommes non disponibles. Nous manquons de locaux ; nous transformons nos baraques en hôpital. Le séjour des camps sous les tentes a été mortel pour tous ceux qu’on n’a pas été à même de recevoir à l’hôpital »…
La mosquée Sidi Mérouane, transformée en hôpital comptait seulement 160 lits en 1882 (460 en 1838). Lors de l’épidémie, le 55e laissa ses baraques de la rue d’Armandy, qui furent annexées à l’hôpital. La légion étrangère cède son baraquement de la rue de Constantine à 300 malades.

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Le 10 juillet 1833 les troupes allèrent camper à la batterie du Lion.

Cette mortalité à Bône attire d’autant plus l’attention qu’elle représente à elle seule plus de 60% de la mortalité des troupes en Algérie pour seulement moins de 20% des effectifs (5530 hommes). En effet en 1833 il y a 1526 morts sur 2512 décès pour l’ensemble du corps d’occupation en Algérie (27 762 hommes).

En 1837, il rentre en France, poursuit sa carrière, devient médecin inspecteur. Il vivra assez longtemps pour voir ses mérites personnels reconnus et pour connaître la découverte, par le docteur Laveran de l’agent causal du paludisme en 1880 à l’hôpital militaire de Constantine. Le prix Nobel de physiologie et de médecine lui fut décerné en 1907. Signalons que le docteur Lavéran servit à l’hôpital de Bône en 1878, mais qu’aucun nom de rue ou de place ne lui fut donné par notre ville.

Le docteur Maillot décédera à Paris le 24 juillet 1894 à l’age de 90 ans. Son nom sera donné, durant la guerre 1914-1918 à l’hôpital militaire d’Alger (anciennement hôpital du Dey) et par décret de juillet 1881 au village de Souk-el-Tieta dans le département d’Alger.

L’une des rue de BÔNE, portera le nom de MAILLOT en 1882 (que nous détaillerons dans la prochaine rubrique « Rues et Places de BÔNE »).

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Je terminerai, par cette citation du Maréchal Lyautey qui se passe de commentaires concernant la situation sanitaire et médicale en Algérie à cette époque :

« Envoyez moi un médecin et je vous renverrai une compagnie »

Yves MARTHOT

Bibliographie

  • Revues Algérianistes : 11-22-37-38-39
  • L’œuvre du service de santé militaire en Algérie (1830-1930)
  • L’œuvre médicale française en Algérie
  • Le service de santé des armées en Algérie (1830-1958)
  • L’épidémie de Bône en 1833 – Docteur F .Hutin
  • François Clément Maillot (1804-1894)- « bienfaiteur de l’humanité »
  • L’Algérie de 1630 à 1840 – Camille Rousset
  • Etablissement français dans la Régence d’Alger – Genty de Bussy

Mis à jour (Mercredi, 30 Décembre 2009 16:32)