PostHeaderIcon Joannonville de mon enfance

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BÔNE EST DEVENUE ANNABA ; JOANNONVILLE , CITE LA SEYBOUSE

Village à deux kilomètres environ, au sud de la ville, situé sur la rive droite de la Seybouse, village cher à mon cœur.
Pourquoi ce nom : JOANNONVILLE ? Je pense que cette appellation a pour origine le nom de la famille JOANNON, agriculteurs et propriétaires terriens, qui avaient leur ferme à la sortie de du village sur la route des Salines.

Joannonville, quartier excentré ou grande banlieue ? En tous cas, quartier oublié de tous et, de tout temps, car lorsqu’il est fait mention des divers quartiers de Bône, Joannonville est l’éternel absent. Pourtant, à une certaine époque, que seuls nos vénérables anciens ont souvenance, Joannonville était connu comme station balnéaire avec ses chalets au bord de mer, bars et dancings. (Lors des diverses expositions de photos à la MAISON Maréchal Juin, nous avons eu l’agréable surprise de découvrir un encart publicitaire vantant la douceur de vivre à Joannonville, station balnéaire).

C’est dans ce quartier que j’ai vu le jour et, où avec mon épouse, nous avons grandi et passé notre jeunesse, jusqu’au jour où !
Peu fréquenté par les gens de la ville, ignoré par la plupart des citadins, c’était un quartier où il faisait bon vivre, un quartier sans histoires. Les Joannonvillois, ouvriers, employés, pêcheurs, fonctionnaires, formaient une grande famille. Beaucoup travaillaient à l’Aluminium JP, à la Tabacoop, à la SAPCE, à la SNAF ou, encore, aux « bouchons » chez Borgeaud. Cette population laborieuse composée à 75% de musulmans, vivait en parfaite harmonie. Le village, en forme de quadrilatère, dont une façade donnait sur la mer et sa plage de sable fin et doré, était composée de cinq rues et quelques petites impasses. Ces rue portaient des noms célèbres de maréchaux et connétables : DU GUESCLIN, VAUBAN, TURENNE, CONDE et VILLARS.

L’oued Seybouse était la frontière naturelle délimitant ce quartier de la ville elle-même. Sur la rive gauche, un lieu dit « La Choumarelle », la favela joannonvilloise, avec, en amont, deux clubs connus des bônois et du monde sportif, l’AVIRON BONOIS et le ROWING CLUB, qui ont donné à la France, des médaillés olympiques.
L’embouchure de ce fleuve, se situait à la hauteur des Trois Ponts, près des « Petites Pierres » où venait se jetait aussi l’oued Boudjimah. Ce terme d’embouchure, n’était pas employé, les Joannonvillois préférant parler de « la pointe », lieu dit de prédilection pour pêcher les « Serres », poisson qu’il nécessitait une monture d’acier.

A Joannonville, il y avait l’école de filles et l’école de garçons (la mixité n’étant pas encore de mise), trois bars, un café maure, un dispensaire avec les dévouées sœurs Monique et Henriette, un cinéma, le Rio, trois boulangeries, deux boucheries, plusieurs épiceries, un poste de police, des usines : l’Aluminium JP qui au plus fort de sa production tournait 24 h / 24, les abattoirs municipaux, l’usine de crevettes, Statfruit et Fruitex qui conditionnaient les oranges, un marchand de beignets et pâtisseries orientales et, bien sûr, une église dédiée à Sainte Monique qui veillait sur tout ce petit monde avec la protection de son fils, saint Augustin qui, du haut de sa colline, embrassait tout le village… J’allais oublier : deux clubs de football, le FCB et la JSJ et un jeu de boules.

A la fin des années quarante et début des années cinquante, l’école de garçons était dirigée par M. CERVONI , directeur qui préparait au Certificat d’Etudes et à l’examen d’entrée en sixième. Monsieur PERRUCHE, dont l’épouse était directrice de l’école de Filles était en charge du CM2 ; MM. BENCHEIKH ; FREIBURGER, ainsi que MMES CERVONI, TREBUCHET, MARTIN, AUBOUIN, etc… faisaient partie de cet encadrement.

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A cette époque, à condition d’avoir bien travaillé toute la semaine, nous avions droit à une séance de plein air. Ces séances, sous la houlette de notre directeur, étaient réservées au « grands » et se pratiquaient sous la forme d’une partie de football dans l’enceinte du marché aux bestiaux des abattoirs, sur un terrain sablonneux, jonché de bouses de vaches. Et nous étions heureux…

A l’école des filles, c’est Madame THEOLAT qui a succédé à Madame PERRUCHE, en tant que directrice, lorsque celle-ci est partie à l’Ecole du Champ de Mars.
Pour ceux et celles qui ont pu continuer leurs études, c’est en bicyclette, quatre fois par jour, hiver comme été que nous nous rendions dans nos divers établissements scolaires, « en ville ». Ou bien c’était le car NUNCI../..

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../..Pour les distractions, nous avions le choix : la plage pour les beaux jours, la pêche, soit du bord, soit en chatine, pour les cochons de mers, entre autres. Pour les amorces, nous allions la veille, « faire des vers » dans la vase noire de la Seybouse ou alors, lors de nos baignades, nous ramassions les « haricots de mer » ou bien les clovisses que nous dénichions avec nos orteils dans le sable. Avec mon ami Claude, nous péchions au carrelet du haut du pont métallique (maintenant effondré), d’où, un jour je suis tombé à l’eau, tout habillé (je devais avoir 12 ou 13 ans), avec pantalons golf et chaussettes écossaises, et je ne vous dirai pas l’accueil de ma pauvre mère…

Le FCB, dont le père fondateur a été Jean XERRI (également à l’origine de la création du cinéma RIO), premier et unique président, avait fondé ce club en 1957/1958, avec très peu de moyens pour ne pas dire aucun, a su, avec l’énergie qui le caractérisait faire vivre le foot ball à Joannonville. Il eut même l’idée , pour faire entrer des fonds, en 1959, d’organisait une kermesse, sur un terrain situé face à l’ALUMINIUM JP, sur lequel il fit édifier une Tour Eiffel en bois, pour y installer l’orchestre. Et bien, lors de notre pèlerinage en 1983 avec mon épouse et nos deux enfants, les vieux arabes joannonvillois nous ont rappelé cette anecdote, en nous disant avec des regrets dans la voix : « le Petit Paris, c’est fini… » .

Sur les trois bistrots : La Chaumière, chez Totor, le bar de la Méditerranée et chez Louis Florio ; les deux premiers étaient les plus prisés par la jeunesse, la Chaumière, parce qu’on y dansait les samedis et dimanches et, le bar de la Méditerranée chez Carpentiero, qui était le siège officieux du FCB où l’on commentait les matchs et la prestation des joueurs avec des palabres à n’en plus finir, surtout après les derbys FCB /JSB , aussi les parties de baby-foot ou de billard . Et puis, c’est devant la terrasse de ce café, que les samedis et dimanches après-midi, Madjid installait son matériel ambulant et faisait, à la demande, brochettes et merguez qu’on dégustait avant la soirée ciné.

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Pour Joannonville, paroisse de Sainte Monique, le révérend père CHETCUTI restera une figure emblématique, pour le faste et l’ordonnancement des cérémonies qu’il célébrait tout en étant le maître d’œuvre. Avec lui le regretté père CACCIOTOLO, tout à l’opposé du père CHETCUTI, faisait déjà figure de curé d’avant-garde. Il ne se faisait pas prier pour faire une partie de baby-foot ou piquer une tête dans la grande bleue, toute proche.

Si la ville de Bône avait ses célébrités, nous avions aussi nos figures et nos « vedettes » : Marius, la vieille, Mokbi, Moustique et la pauvre Ghermila qui venait quémander de quoi se nourrir, en attendrissant les mères de familles. Elle obtenait ainsi, de quoi tenir jusqu’au lendemain avec un bol de café au lait, un quignon de pain, du fromage et un fruit.

Puis est arrivé le temps où les jeunes ont eu l’âge d’être appelés sous les drapeaux. Chacun a rejoint son régiment et, pour la plupart d’entre nous, cette période a marqué le début de notre dispersion. Quelques années et quelques cheveux blancs plus tard, quelques uns ont eu la chance de se retrouver, soit lors des rassemblements de notre communauté, soit grâce à notre Amicale ou encore par le téléphone « arabe ».

Il y aurait encore beaucoup de choses à raconter sur ce village de notre jeunesse. C’était le temps de l’insouciance et de la joie de vivre. Avant de nous séparer, une pensée et quelques mots sur les « petites joannonvilloises » de cette époque, toutes plus belles les unes que les autres et, qui prenaient un malin plaisir à aguicher les garçons, à l’insu de leurs parents, bien entendu. Des idylles se sont formées, certaines ont abouti au mariage, soit avec les jeunes joannonvillois, soit avec les « jeunes étrangers » venus de la ville (n’est-ce pas Christian ? N’est-ce pas Roland ?).

J’en termine ici, avec un salut fraternel à tous les Bônois et Joannonvillois, avec une attention particulière à mes copains d’enfance : Gérard et René S., Jean-Claude C., Alain R., Jean-Marie L., Jean Claude S., Claude S., Guy L., Guy B., Albin M., Raymond G., Jean Louis A., Michel D., Norbert C., Jean B. dit Jeannot l’haricot, SaÎd dit :, « l’indien ». Et une pensée pour tous ceux qui nous ont prématurément quitté.

Je profite de l’occasion pour dire bravo et un grand merci à notre Président ainsi qu’à l’ensemble du bureau de notre Amicale des Enfants de Bône, ces bénévoles courageux qui oeuvrent sans compter, pour maintenir ce lien d’amitié et de convivialité pour que perdurent nos souvenirs.

José GRECH de Joannon

- Photos Yves MARTHOT -

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Rue Villars

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L'église

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La plage

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Rue de Turenne

Mis à jour (Mercredi, 30 Décembre 2009 17:36)