PostHeaderIcon La cathédrale

MES CLOCHES SONNERONT QUAND MÊME !

Cathédrale pour les Bônois, Eglise pour les historiens… peu importe…Ce n'était pas une reine de beauté, mais c'était l’aînée, et elle était là, imposante et rassurante à la fois… Pourtant, un jour, elle s'écroula, et les Bônois ne le surent que bien plus tard… Voici donc, l'histoire de notre cathédrale racontée par elle-même.

1972... ILS ont le droit…, ILS ont gagné ! …. Ils ont peut-être attendu 10 ans, ils ont décidé de m'abattre. Je me doutais qu'il me faudrait payer tôt ou tard, la fin d'une page d'Histoire… Etant un symbole, il me fallait abjurer ou disparaître… Je dois disparaître…
J'aurais pourtant aimé conserver mes murs emplis de tant de souvenirs… Alors, pendant que dehors les démolisseurs s'activent rageusement, une foule d'images s'impriment par dessus celles de mes vitraux encore debout…

1846... 126 ans déjà… ! les vieux remparts cernent toujours une agglomération disparate que l'on appellera, plus tard, la « Vieille Ville ».
Sortant par la porte « Danrémont », une délégation politico-militaire, en « haut de forme » ou casquettes rouges, s'engage vers un socle prévu à l'avance pour y sceller ma première pierre.
L'endroit est désert… Mais on a décidé que la ville nouvelle devait s'étendre vers le Nord.


Photo Yves MARTHOT

1852… Je suis enfin sortie de terre, et mes deux cloches (la troisième viendra plus tard) célèbrent mon inauguration par dessus les gibus de ces Messieurs et les corsets à baleines de ces dames. J'aurais, paraît-il coûté 190 000 Francs « Or » à l'Etat !… Mais j'étouffe à cet endroit, car la colline qui s'étend derrière moi, jusqu'à la future place « Marchis » fait barrage à la fraîcheur des vents du Nord.


Photo Yves MARTHOT

Problème résolu à la fin du siècle… Pour remblayer le nouveau port, on a d'abord creusé la tranchée, jeté un pont par dessus, puis arasé cette colline jusqu'à la falaise des « Santons », respectant ainsi le marabout qui la domine…


Photo Yves MARTHOT

Maintenant, je respire mieux, et ma ville peut, comme prévu, à ma naissance, s'étendre vers le Nord et les plages par le futur boulevard Narbonne.
Le but est atteint… Je me trouve, à présent, en plein centre de la nouvelle ville… Devant moi s'allonge le joli square de la Mairie, puis un cours magnifique où déambulent canotiers et chapeaux cloches, et au loin, la mer et le port…
Vue splendide ! Qui un jour, m'est cachée par de grands arbres plantés exprès en face de mon parvis… D'où ma colère !…Mais il paraît que je ne me trouvais pas dans l'axe du Cours et que, vu d'en bas, mon clocher faisait désordre.

Pour me consoler, la Mairie m'offre alors les grandes orgues en 1872. Elles réjouissent mes fidèles, parmi lesquels de nombreux Alsaciens - Lorrains expatriés après la défaite de 1870…


Photo Yves MARTHOT

1918… La victoire, (mais à quel prix !). Pour la célébrer, mes deux cloches s'époumonent. Mais leur voix ne porte pas loin, car leur taille est modeste…
Aussi sont-elles toutes fières d'accueillir en 1936 leur grand frère, le Bourdon. Dans ses flancs sont gravés les noms des 456 Bônois victimes de la « Grande Guerre ».
Baptisé, lui aussi Saint Augustin, il confirme ainsi le nom que je porte depuis ma naissance ; chose qu'ignorent bon nombre de Bônois… ! Qui appellent plutôt par ce nom ma grande sœur, la Basilique d'Hippone. Quand bien même les statues de saint Augustin et de sa mère sainte Monique trônent de part et d'autre de mon porche d'entrée…

1945… Cette fois on les entend de loin… Car elles sont trois à carillonner la nouvelle victoire… ! Et les années passent… Et les images défilent toujours dans mes vitraux… Plus précises maintenant…
Des tristes, … de ceux qui partent, accompagnés par mon Bourdon… Mais surtout, des gaies, qui font chanter mes grandes orgues et sonner les trois cloches de mon clocher… ! « Nouveaux-nés vagissants sous l'eau de l'officiant… Les enfants qui bavent d'envie devant les Rameaux chargés de confiseries… Adolescents défilant avec un sérieux inhabituel de circonstance dans leurs habits de communiants… Mais, surtout, mariages pompeux qui descendent mes escaliers monumentaux sous les poignées de riz ou même dragées, pour gagner les calèches aux chevaux empanachés et faire le « tour de Cours traditionnel … »
Et tout ce monde qui ne manque pas de s'arrêter au bas du square où se tient un photographe derrière son appareil préhistorique à côté des marchands de cacahuètes…
Peuple attachant, heureux sous son soleil et dans sa belle ville… Et puis, …Le Vent de l'Histoire…

1962-1972… Dix ans de solitude… Car mes cloches et ouailles sont parties sous d'autres cieux…
Mais j'ai su qu'à Antibes les premières veillent sur mon âme et, qu'à Aix-en-Provence, une équipe de Bônois dynamiques a créé une petite feuille de « cho » afin que l'on ne m'oublie pas. J'ai souvenir qu'une grande sœur avait paru ici, il y a longtemps, sous ce même nom : LA DEPECHE DE L'EST.


L’Abbé DAGON devant les cloches de la cathédrale ramenées à Antibes

Alors pendant que mes murs vacillent, je me dis…
« Peut-être est-ce mieux ainsi… ? Et, finalement, après tout, « MEKTOUB » !!!

Charles MAGGIORE

NDLR : lors du rapatriement, l’Abbé d’Agon s’est chargé de faire édifier l’église du Sacré-Cœur à Antibes. Il réussit à parachever son œuvre par la venue des cloches de la Cathédrale. La rédaction de la Dépêche de l’Est dédie cet article à l’Abbé d’Agon, grâce à qui les cloches de la Cathédrale continuent à carillonner.

Mis à jour (Mercredi, 30 Décembre 2009 18:09)