PostHeaderIcon Quand la musique est Bône

Cet article est le premier d’une rubrique consacrée à la musique bônoise. Nantie de plusieurs sociétés de musique, d’orchestres et de chorales, Bône fut incontestablement la ville de la musique. Dans toutes les familles bônoises, il y avait au moins un musicien et, souvent, la fibre musicale se transmettait de génération en génération. A travers cette rubrique, nous rendons hommage à tous les musiciens bônois et le lecteur voudra bien nous pardonner si  l’orthographe de certains noms a subi les affres du temps sur la mémoire.

APERÇU SUR LA MUSIQUE BÔNOISE ENTRE LES DEUX GUERRES

Durant la guerre de 14-18, les trois sociétés de musique de Bône se sont maintenues avec les vieux musiciens non mobilisés et les jeunes.
Dès la fin de cette tourmente, et surtout en 1919, au retour des rescapés, les trois sociétés reprirent leurs activités. De nombreux musiciens bônois avaient servi dans les musiques militaires, dont une bonne partie au 3e R.T. A. Malheureusement,  beaucoup manquaient à l’appel, « morts au champ d’honneur »,  et certains revinrent  estropiés. Toutefois, la musique reprit sa place dans la ville.
Le chef de musique des tirailleurs, M. FAIVRE, démobilisé lui aussi,  prit la direction des ENFANTS DE BÔNE. L’HARMONIE BÔNOISE était alors dirigée par M. CONDOM. La troisième société, LA BONOISE, composée essentiellement de tambours, clairons et trompettes de cavalerie était dirigée par un monsieur dont le nom a disparu de ma mémoire. A l’époque,  il n’y avait pas de sirène et les feux étaient signalés par la sonnerie des clairons. A la fin de chaque sonnerie, le musicien donnait un nombre de coups qui permettait aux pompiers de se rendre tout de suite sur le lieu du  feu : un coup c’était en ville, deux coups à la Colonne, trois coups dans la vieille ville… etc.
Les sociétés étaient prospères. En 1924, il y eu à Bône un concours international de musique ; il y avait même l’harmonie de LA VALETTE de MALTE où ma grand-mère retrouva un de ses cousins (elle était née à « LA VALETTE »). La même année, un peu plus tard, il y eu à TOULOUSE un second concert international auquel participa l’harmonie des ENFANTS DE BÔNE qui,  bien classée pour une société non métropolitaine, revint avec plusieurs premiers prix.

Jusqu’en 1942, tous les dimanches, hiver comme été, il y avait un concert sur le kiosque du cours BERTAGNA. Une semaine, l’HARMONIE BÔNOISE, une semaine LES ENFANTS DE BÔNE. A chaque, concert, le programme changeait. LES ENFANTS DE BÔNE avaient leur salle place Caraman, l’Harmonie place Alexis Lambert. LA BÔNOISE répétait à la caserne des pompiers.
En 1929, les deux sociétés changèrent de chef, les deux anciens prirent leur retraite. Les enfants de Bône furent dirigés par M. Charles GALEA et l’Harmonie Bônoise par M. Gilbert BOUSQUET.
Salvator GUTTIERZ, mon père, prenait la direction d’une nouvelle société, l’Union Chorale de Bône, réunion de la chorale Ste Cécile  qui ne chantait qu’à la cathédrale et une petite chorale laïque. A cette même époque, les trompettes et clairons qui n’étaient pas pompiers, formèrent une nouvelle clique sui prit le non de « L’AFRICAINE » sous la direction de M. CARAVELLA, ancien élève de  mon père. Les deux cliques jouaient de temps en temps pour certaines fêtes : Ste Cécile, Ste Barbe… Tous les concerts, quels qu’ils fussent, étaient suivis par la population, et longuement applaudis.
En 1932,  mon père eut l’idée,  pour faire entendre la chorale, de jouer une pièce de théâtre. Possédant de bons éléments, il se lança dans l’opéra et mit en étude « FAUST » qui eu un succès retentissant à tel point que nos voisins de PHILIPPEVILLE lui demandèrent de faire une représentation chez eux, ce qui fut fait.


Les premiers rôles dans FAUST
De gauche à droite : M. GUTTIEREZ /  M. MADRESSE / Mlle LORQUIN / M. GARITO / Mlle GUGLIARDI / M. BESSER

Cette même année eu lieu à TUNIS un nouveau concours international pour harmonies, chorales et fanfares. Trois sociétés bônoises y participèrent : LES ENFANTS DE BÖNE, LA CHORALE et je ne me souviens plus si c’est L’AFRICAINE ou LA BÔNOISE.
Les trois sociétés revinrent avec tous les premiers prix. Inutile de vous dire la joie de tous nos musiciens et de la population bônoise, avertie par téléphone. Le retour ne fut pas triste. A l’arrivée du train vers 18 h,  la place de la gare (l’ancienne), qui se trouvait rue Prosper DUBOURG (la nouvelle n’était pas encore construite), était pleine de monde. Il y avait toutes les sociétés musicales qui n’avaient pas participé au concours et le défilé commençait vers 18h30, chaque société jouant à tour de rôle. Le point de départ du défilé se situait place des gargoulettes (place de la nouvelle gare). Le cortège se dirigeait ensuite vers la  base du cours (côté statue THIERS) puis vers le monument aux morts, rue de l’arsenal,  place FAIDHERBE, quai WARNIER. Il revenait ensuite vers le cours Bertagna, remontait vers la mairie où attendait une partie du conseil municipal, redescendait le cours, si bien, qu’avec les arrêts dans les bistros, le défilé se termina assez tard dans la nuit. Je ne pourrais pas vous dire le nombre de litres d’anisette qui s’est bu ce jour là, mais beaucoup de musiciens sont rentrés difficilement chez eux.

Ces sociétés alimentait les orchestres de la ville : il y eut d’abord des orchestres champêtres, l’orchestres ROCHAON et celui de mon père. Il y avait assez de travail pour eux deux. Ils faisaient non seulement les bals publiqs dans les différents quartiers de la ville, car à Bône nous aimions bien danser (d’après la dépêche de l’Est que je reçois, à Aix en Provence ça se perpétue). Ils faisaient aussi les bals de village : DUZERVILLE, MONDOVI, ZERIZER, RANDON, BUGEAUD, DUVIVIER et même SEDRATA.

En 1938, Marcel SALVATI, autre élève de mon père, monta un orchestre du type RAY VENTURA avec une vingtaine de musiciens. Il fit son premier concert au théâtre municipal. Ce fût formidable, à cette époque,  j’étais avec des copains et nous avions loué une rangée de place au parterre.

SALVATI monta un orchestre réduit pour faire dancing et, l’hiver,  il faisait bal au ROSEBEEF, un restaurant tenu par un suisse place de la nouvelle gare. On dansait de trois heures à sept heures du soir puis on allait faire le cours jusqu’à 20 heures.

Pour la chorale, la seule façon de se faire entendre était de monter des pièces de théâtre. Après FAUST, mon père fit jouer CAVALERIA  RUSTICANA et PAILLASSE. Pendant la guerre,  Mme AVESQUE, directrice de l’école de chant et mon père montèrent successivement  LES MOUSQUETAIRES AU COUVENT (1940) ;  VERONIQUE (1941) ; LA VEUVE JOYEUSE (1942).  Cette pièce ne fut jouée que le samedi 7 novembre car dans la nuit, il y eut le débarquement des Américains et la pièce fut annulée.

Voici les noms de quelques musiciens connus en plus de  ceux que j’ai cités.

Professeurs :

PIANO : Mme ABELLA: M LORQUIN : ODNORALOF.

VIOLON : MM. SAMMUT; AQUILLINA; ORIOLI;  KISSELEF,  SALVATI (ce dernier a fini comme premier violon à l’orchestre de l’O.R.T.F. Il avait monté à Paris un orchestre Tzigane et il a joué dans une scène du film  « Sissi » où l’on voit   SALVATI  jouer du violon, dans un restaurant, à la table de Sissi et du Prince . Il avait appelé son orchestre « IMRE SALVATI » pour lui donner un air slave).

Artistes de théâtre :

Mmes AUDUREAU,  BARGELI,  LORQUIN, STOFFEL-MUNCH, GIUSTI.
Mlles GUGLIARDI, . GONZALEZ, . MECHIN.

Pour les hommes :

MM MADRES,  F RUGGIU,   GUGLIARDI,  GIUSTI;  BUSSUTIL;  F. MALIGNON; GIRAUDON; GENOINO; IMBIMBO.

L’Africaine et l’Union chorale de Bône à la Caroube, le jour de la Sainte-Cécile.
Au deuxième rang, à droite du Capitaine de gendarmerie : Salvator GUTTIEREZ (chef de la chorale)
et à gauche du Capitaine : H. ALOÏ (président de la chorale)
puis André FADDA, puis CARAVELLA (chef de l’Africaine).

Emilien GUTTIEREZ

Mis à jour (Mercredi, 30 Décembre 2009 19:49)