PostHeaderIcon On s'a tiré les rois

Jeudi dermier, au Café Tiatre, je vas me prendre un pastis ac Augu quand à côté le comptoir, je me ois toute la bande De Bono, Alfred, çuila qui te fais les additions à toute vitesse à la montée et à la descende, un des contributions indirectes, et Zézé des Chemins d'fer ac sa casquette en cuir de scafondrier et enfin Marie Claire, le désinfecteur. Tout d'un coup, une étincelle elle fait fusée dans ma caboche (y en a dans cette tête).

- « Et si on se tirait les rois ? »

Je dis à Augu de faire préparer la table dedans le p'tit salon et d'aller chercher le reste de la bande. Je vas chez l'ami Attard et j'achète une maousse de couronne aussi grosse qu'une mortuaire. En passant à chez l'épicier j'y demande un dimi douzaine de grosses fèves et je reviens au café. La table elle était prête et la troupe elle était au grand complet, sauf Binguèche qui s'était fait escusé et remplacé par son frère. Y avait aussi la mère au général et Marcel ac sa cargaison de journals et sa grosse sachoche de Roquefenler. Je m'assois et je demande une sarviette pour mettre les bouts de brioche dedans et bien les méchkler ensuite, pourquoi chacun y sait que çuila qui se prend la fève il est roi et la prochaine fois, y doit payer une autre galette. La reine (mon Dieu ma chère !) c'est çuïlà qui s'attrape le p'tït homme en porcelaine et lui aussi y doit payer quelque chose.  Je commence à couper le gâteau, je m'le mets dans la serviette tsur mes genoux et de ma poche je me sors les fèves. Alors je demande à la Madame de se torner contre le mur et j'y dis comme chacun y sait :

-  « Pour qui çuilà ? Pour qui çuilà ? »

Elle disait :
- « Pour Alfred, pour Dédé, pour Marie-Claire, exetéra ».

Fur et en mesure que je touchais un morceau dans la serviette, en douce en douce, j'y mettais à chacun une fève. La distribution une fois tarminée, Augu y se lève. La vérité axe y m'a, laissé pourquoi y m'a fait une feinte terrible ; il a fait le discours.

« Tout l'élitre de la société elle est réunie ce soir, qui dit, Madame la générale, l'amiral Ratier, mes chers collègues et moi qui suis pas chien mort puisgue je paie le vin pourquoi en général j'offre. (Personne il a compris cette mot d'esprit) et si je prends la parole c'est que jà quelque chose à dire, pourquoi si jaurais rien à dire, je parlerai pas. C'est Otto Bus qui paie la galette.  Et nous se tapons la brioche. Personne qui se sortait la fève ! Atso ! y se l'avaient tous avalé même la p'tite fugure en porcelaine. J'a tout compris, j'étais le têtard enfin ! Après ça on a bu un bon coup de vin sélectionné d'à chez Audureau et on a chanté.

Alors Marcel y se lève et regardant Marie-Claire il lui pousse :
- « C'est l'enfant à Marie, c'est l'enfant le plus beau. De sa mère chérie il a tout du ballot ».
Moins une il arrive une tchaklela. Alors Augu il a chanté pour tout arranger le grand air à PhiPhine.
- « Oh ! tais-toi, tais-toi, te m'affogues... »
Après Marcel qu'il avait un verre de trop dans le coco y se lève et y chante :
- « Dans la vie j'a connu des femmes ».
Alors moi je m'I'arrête pile.
- « 0 va t'en de là, à part ta mère qui te connais ? » et je me lève la séance pourquoi la vapeur du mazout elle montait déjà dans la gargamelle.

Lendemain, je rencontre Augu à chez le marchand de faïence.
- « Mainant que c'est passé je vas te dire la vérité. Hier soir, j'étais la reine ma pour pas payer j'a avalé la petite estatue et dans la nuit j'a eu des coliques terribles et j'a cassé le pot d'chambre en mille morceaux. Cé dommage pourquoi on en fait plus comme ça ac une œil au fond et l'inscription : " Je te ois petit coquin " et y datait de la mère à ma mère ».

- « Bien fait pour foi, que j'y dis, ça t'apprendra à me mentir à moi ton meilleur collègue. Hier, c'étaient les Rois — c'est mort — ma il en reste un seul et unique le roi des Calamards. C'est toi. »

Fernand BUSSUTIL

NDLR. Histoire racontée le 13 janvier par Marc DONATO,  avec les gestes et l’accent.

Mis à jour (Mercredi, 30 Décembre 2009 23:07)