PostHeaderIcon Le bromedge de Monsieur Diocane

Cliquez dessous pour écouter cette histoire racontée par René VENTO

LE BROMEDGE DE MONSIEUR DIOCANE

Quand j'avais dix ans, il m'arrivait souvent de rejoindre mon père sur son lieu de travail, situé sur le quai sud de la petite darse, au niveau à la centrale électrique de Bône. En cet endroit. des bateaux venant de divers pays déchargeaient leur cargaison de charbon que mon père, avec son équipe de l'EGA, acheminait vers les chaudières de la centrale.

Pour m'occuper, j'observais les pêcheurs à la ligne, qui à grand renfort de bromedge, attrapaient suffisamment de poissons pour la friture du dîner.
Ce jour là, il y avait un bateau chinois qui était accosté sur le quai, tout près de deux pêcheurs.
Le cuisinier du bord, intrigué par les gestes répétitifs de nos deux pêcheurs, et surtout désireux de connaître le secret de cette pêche miraculeuse, s'approcha d'eux en les observant.
Là, il entendit les paroles suivantes.
- Jette du bromedge. Diocane ! s’exclame l'un des pêcheurs tenant sa ligne et s'adressant à l'autre.

A l'aide d'un seau, l’autre pécheur balançait à l'eau une mixture molle et d'odeur si forte qu'elle aurait pu ressusciter un mort.
Un quart d'heure plus tard, le même pêcheur tenant sa ligne, interpelle à haute voix celui qui tenait le seau.
- Jette encore du bromedge. Diocane !

La même phrase était prononcée tous les quart d'heure et au fur et à mesure, le panier des pêcheurs se remplissait de poissons frétillants.
Le cuisinier Chinois s'approcha du jeteur de bromedge et, croyant que son nom était diocane, s'adressa à lui en ces termes.
- Bonjour. honorable monsieur Diocane, moi souhaite connaître recette du bromedge.
Monsieur Diocane, avec l'aide de son collègue, se fit un plaisir de dévoiler la composition de son bromedge en engageant la conversation avec le cuisinier.
- Vous prendre du fromage bien fermenté, celui qui coule avec des vers ; Après, vous, ajouter des tripes de poissons et un peu de matsame pêchée depuis une semaine au moins".
- Moi pas connaître matsame répond le cuisinier d’un air ahuri.
L'un des pêcheurs :
- La matsame c'est du petit poisson épineux que même pas les chats y le bouffent !
Le cuisinier:
- En Chine. on bouffe matsame et chat.
Le jeteur de bromedge :
- En plus de la matsame, nous Z'autres on ajoute tout ce qui reste dans le garde manger.
Le cuisinier:
- Chez nous en Chine. manger beaucoup de cochon . Moi pouvoir mettre cochon dans bromedge ?
L'autre pêcheur
- A Bône. le cochon c'est le "rallouf'. C'est interdit d'en mettre dans le bromedge car si les poissons Y mangent le cochon , ceux qui mangent le poisson bessif y mangent aussi du cochon.. Ici,. on respecte toutes les religions !

Instruit de la recette du bromedge, notre cuisiner fit la demande suivante :
- Honorable monsieur Diocane. moi pouvoir emporter un peu de bromedge en Chine pour montrer à compatriotes ?
Très honoré de cet intérêt pour une nourriture qui allait franchir la muraille de Chine.
Monsieur Diocane prépara un échantillon de bromedge. comme il ne voulait pas donner son seau, il le versa dans un sac de toile bien ficelé. que le cuisinier emporta après de multiples courbettes et remerciements.

Arrivé dans sa cuisine, à bord du bateau, il suspendit le sac à un crochet, juste au dessus de la réserve de riz. Pendant le voyage, qui dura plus d'une semaine, un liquide huileux et d'odeur forte suintait du sac de toile et coulait sur le riz qui peu à peu s'imprégnait de ce jus de bromedge. Plus le temps passait, et plus les marins Chinois trouvaient ce riz particulièrement relevé et goûteux.

Le cuisinier comprit très vite tout le parti qu'il pouvait tirer de cette découverte. Sitôt arrivé en Chine. il abandonna son métier de cuisinier et créa une entreprise de fabrication de sauces et condiments alimentaires. Le produit vedette de son entreprise fut le jus de bromedge. qui fut commercialisé sous le nom de "Bromedge de monsieur Diocane".

Vous l'avez compris. notre cuisinier avait découvert le "Nuoc Mam" que vous pouvez trouver aujourd'hui dans les restaurants asiatiques et même dans les grandes surfaces.

René VENTO

Mis à jour (Mardi, 23 Novembre 2010 18:30)