PostHeaderIcon Le Bônois gentleman

C’est l’histoire d’un petit Bônois, enfant de la Colonne, ancien élève de l’école Sadi-Carnot et du lycée Saint-Augustin, qui réussit à entrer à Oxford, la plus prestigieuse des universités britanniques. Ce bônois hors du commun se prénommait Norbert, Nono pour les amis. Il fut connu dans le monde entier sous le pseudonyme de Bônois Gentleman.

A la fin de sa première année d’étude à Oxford, Nono revint à Bône en vacances. Ses parents l’attendaient à l’aéroport des SALINES, impatients de retrouver ce fils prodigue et de l’entendre causer dans un langage reflétant son haut niveau intellectuel. Voici Nono qui sort du hall de l’aéroport et se dirige vers ses parents.
- Oh pa, oh man, comment qu’ça va l’âme de vos morts ! La putain de plaisir que j’ai de vous revoir, s’exclame Nono avec un accent choumarélien très prononcé.
- Commence pas à jurer des morts qu’on en a des fraîches dans la famille, se lamente la mère à Nono.
- Atso mon fils à moi, je me suis fait le matse pour te payer des études et toi t’ias pas perdu ce putain d’accent bônois, pleurniche le père à Nono.
- Arrêtes de faire des necs papa, l’accent bônois je l’ai et je me le garde, conclut Nono en embrassant ses parents.

Un an plus tard les parents de Nono rendent visite à leur fils à l’université d’Oxford. Ils sonnent à la porte d’entrée et le concierge vient leur ouvrir.
- What is it ? demande le concierge.
- We are the father and the mother of Mister Nono.
- Zotche vous êtes les parents de ce falso de Nono! Entrez l’âme de vos morts !
Nono étant en cours, le concierge conduit les parents dans le bureau du directeur de l’université. Le père de Nono interpelle le directeur qui, naturellement, comprend le français.
- Alors, m’sieur le directeur, vous êtes content de mon fils ?
- Poh poh poh comment qu’il apprend la rascasse affoguée de ses bises, répond le Directeur.

L’année scolaire est terminée et Nono sort major de sa promotion. Le soir de la remise des diplômes se déroule le grand bal de l’université au cours duquel sont présentes toutes les gatarelles du Royaume Uni pour y trouver un futur mari. Parmi les grandes familles, se trouve la famille O’MOKE, propriétaire d’une chaîne de magasins de vêtements pour les futures maman. La fille O’MOKE, prénommée Nadine, a le coup de foudre pour Nono et c’est réciproque. Le lendemain Nono téléphone en PCV à son père à Bône pour lui annoncer la bonne nouvelle.
- Allo papa, j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer : je vais me marier !
- Aouah ! Et comment qu’elle s’appelle cette gatarelle ?
- Nadine O’Moke
- Tu commences pas à jurer ma mère qu’elle est aussi ta grand-mère !
- Mais papa, Nadine c’est son prénom et O’Moke c’est son nom de famille. Si tu vois la canusse que c’est, le cul y te tombe par terre et en plus elle a du flouss !!!
- Zec mon fils, si en plus tu fais une affaire, alors vas-y donne-z’y le compte.

Le grand jour est enfin arrivé. Toute la famille de Nono est réunie à l’église Saint-Patrick de Belfast, en Irlande, où se déroule la cérémonie religieuse. Tous les amis Maltais de la Colonne sont aussi présents. On pourrait être surpris de constater que des Maltais aient osé faire des frais pour assister à un mariage si loin de Bône ! Rassurez-vous car le voyage et le séjour ont été offerts par la richissime famille O’MOKE. Ils sont tous là les SULTANA, MICALEFF, AZOPARDI, MISSUD, BORG et j’en passe.
Après la cérémonie, une garden-party se déroule dans la propriété des O’MOKE. Le père de Nono, inquiet de cette surabondante présence de Bônois autour de Nono, craint un relâchement de son vocabulaire. Il s’approche de son fils et lui murmure à l’oreille :
- Entention Nono, tu dis pas des gros mots ! Tu nous fais pas perdre la fugure !
- T’en fais pas papa, je suis un gentleman à présent !

Effectivement, notre Nono est devenu un véritable gentleman, courtois, galant, plein d’humour, érudit sur tous les sujets. Il séduit tout son entourage et surtout sa belle-mère. Vers 17 heures, on sert le thé et les petits fours. Très aimable, la belle-mère en personne apporte sur un plateau une tasse de thé à son gendre.
- Combien de sucre voulez-vous mon joli fils ? demande-t-elle avec une voix suave.
- Deux ma jolie-maman, répond Nono en saisissant délicatement la tasse.

Au bout d’une demi-heure, Nono est encore en train de tenir sa tasse pleine de thé tout en discutant avec ses copains de Bône. La belle-mère s’inquiète et s’adresse à sa fille :
- Occupe-toi de ton mari, il n’a pas encore bu son thé.
Nadine s’approche de son mari et lui chuchote à l’oreille :
- Pourquoi ne buvez-vous pas votre thé darling, il va refroidir !
Nono lève la tête et s’écrie à haute et intelligible voix :
- Et avec quoi je tourne, avec mon zob.

Moralité
Même quand y zont de l’anstruction, 
les Bônois tous pareils y sont.
Quand ils tchatchent ac la bouche,
ma qué putain de langue y zont.

René VENTO

Mis à jour (Mercredi, 30 Décembre 2009 22:25)