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COMMENT QU'ÇA S'EST PASSÉ

Aujourd’hui, j’ai voulu faire œuvre d’historien, que dis-je de paléontologue, ces gens qui nous racontent l’histoire à leur façon et, nos chères têtes blondes sont obligées de les croire. Aussi, ai-je fait débuté la préhistoire sur le plateau de Bou Zizi.

Quand avec sa tribu, vêtue de peaux de bêtes,
Errant du plateau froid jusqu’au chemin des crêtes,
Augu, en avait mare de s’les geler tout le temps,
Sa femme était toute ronde, au moins une fois par an.

Ils avaient épuisé du coin, tout le gibier,
Dévorant du chacail en guise de sanglier,
Epuisant tous les fruits : adjoumars et racines,
Et sa caverne puante, fumeuse était en ruine.

Il décida alors de descendre des monts,
Bou zizi ou l’Edough peu importe le nom,
A travers l’échancrure du rideau de nuages
Une vision de rêve apparut à ses yeux,
Une plaine giboyeuse bordant une mer toute bleue,
Et il sentit monter en lui une joie sauvage.

« Allons qu’on s’en allons » qu’il dit entre ses dents,
Et ils obéirent tous, ac la rage en dedans,
Ils marchèrent quatre jours sans paroles et sans chants
Et la moitié à pied et le reste en marchant.

Sans s’en faire des enfants qui z’étaient en bas âge,
Sans repos, sans sommeil se trouvèrent sur une plage,
C’était un beau matin, le sable se teintait d’or,
Emus ils célébrèrent le lever de l’aurore.

Puis ils longèrent une grève au pied de jujubiers
Dépassèrent une colline plantée de caroubiers,
Ils arrivèrent enfin, dans un endroit maousse,
Où coulait une source d’eau sous un arbre de karmousses

S’abreuvèrent, se repurent, puis posèrent des questions
A Augu leur grand chef sur leur destination.
Augu leur répondit : « mes frères c’est bon ici ».
Et avec son accent ça faisait Bône ici.

Déjà, bônois tout frais, chacun eut son idée,
Pas toujours en accord, mais en toute liberté,
Les miens ont toujours faim, il faut qu’ils soient nourris !
Je prends ce terrain-là aux figues de barbarie.

« Moi je me fais pêcheur » dit l’autre montrant la mer,
« Avec tous les poissons et les haricots de mer,
Pour ma femme, mes enfants pour eux plus de misère,
Et s’il y a du rab, vous en aurait mes frères ».

Moi je serai maçon, quant à moi menuisier »
Chacun creusant sa tête, se trouva un métier
Et tout le monde travailla suivant ses accointances,
Ils se mirent à bâtir : huttes et dépendances.

Peu à peu la tribu se scinda en quartiers
Augu, leur grand chef s’en trouva glorifié
Même qu’ils élevèrent à sa gloire une colonne
Où ils gravèrent ces mots : « A Augu diobone »

Vieux Augu s’endormit puissant et solitaire,
Pour toute l’éternité du sommeil de la terre,
Mais à son dernier souffle, les seules paroles qu’il dit :
« Vraiment c’est bon ici ! » Oui c’était Bône ici.

Yves Le Loup

Mis à jour (Mercredi, 30 Décembre 2009 22:39)