PostHeaderIcon L'idée géniale de Paris-Soir

Cliquez dessous pour écouter CGV une histoire racontée par René VENTO

Un jour funeste de 1942, une bombe tomba sur le théâtre de Bône. Très endommagé, l'édifice resta debout mais ferma ses portes au public. Cependant, lorsque la guerre fut finie, un cabaret fut aménagé au rez-de-chaussée. Dans ce cabaret, disaient les mauvaises langues, de jolies créatures pouvaient à l'occasion rendre les mêmes prestations qu'au Chat Noir mais à un tarif plus élevé en raison du cadre culturel dans lequel se déroulaient les ébats. Aussi, ce cabaret était-il fréquenté par ceux qui avaient les moyens.

Un après-midi de l'an 1949, monsieur Tanoute, commerçant de la rue neuve Saint-Augustin, s'échappe furtivement de son magasin et se dirige vers le cabaret afin d'y passer un agréable moment.
Une demi-heure plus tard sa femme, s'apercevant de son absence, se plante devant son magasin et braque son regard en direction du cabaret d'où elle espère voir sortir son polisson de mari afin de le prendre en flagrant délit de dévergondage.
Monsieur Tanoute, sa besogne accomplie, s'apprête à sortir du cabaret lorsqu'il aperçoit sa femme qui l'attend de pied ferme. Il mijote alors une stratégie qui va lui permettre de sortir du cabaret sans être vu par son épouse. Pour cela, il demande à un serveur d'aller quérir une calèche stationnant le long de l'allée Est du cours Bertagna. La calèche démarre, fait un demi-tour sur la gauche et se place devant l'entrée du cabaret. A l'abri du regard de sa femme, le mari volage s'engouffre dans la calèche qui démarre, descend en longeant l'allée Ouest du cours, tourne à gauche au niveau du Maxéville, remonte du côté Est du cours avec les arcades à sa droite et enfin tourne à droite pour s'engager dans la rue neuve Saint-Augustin. La calèche s'arrête devant le magasin et monsieur Tanoute, confiant dans son stratagème, descend avec un sourire innocent tandis que sa femme commence à faire tournoyer un rouleau à pâtisserie au dessus de sa tête.

- D'où c'est que tu viens, grand fumier ? lance t-elle à son mari.
- Crie doucement aussinon j'va devenir tchégate des oreilles ! répond monsieur Tanoute.
- Où t'ias été espèce de falso ? les cornes elles me poussent, s'exclame madame Tanoute en baissant le ton.
- J'ai été faire le tour des plages en calèche car aujourd'hui l'air de la mer elle est bonne diocane, avoue le mari.

A cet instant passe un célèbre marchand de journaux, surnommé Paris-Soir.

- Zotche y a cinq minutes devant le théâtre j'ta vu et déjà le tour des plages t'ias fait ! crie Paris-Soir de sa voix rauque tout en postillonnant.
- Caisse de mort, tout le travail tu m'as cassé, chuchote monsieur Tanoute, le visage écarlate, dans l'oreille du vendeur de journaux.

A ces mots, Paris-soir comprend qu'il vient de faire une gaffe dont les conséquences seront graves. Non seulement il risque de briser un ménage mais aussi il va perdre son meilleur client de la Loterie Algérienne ! Une idée géniale lui vient alors à l'esprit : il se hisse sur le siège du cocher, brandit un journal plié en deux et se met à haranguer les passants :

- Record de vitesse à Bône, une calèche elle a mis cinq minutes pour faire le tour des plages et revenir !

Autour de la calèche les badauds attendaient que Paris-Soir descende pour acheter le journal afin d'y lire le reportage du fabuleux exploit. Mais notre Paris-Soir restait comme pétrifié sur la calèche car, tant que les époux Tanoute étaient encore présents, il devait continuer à rendre crédible cette stupéfiante nouvelle.

Parmi ces badauds, il y avait un certain Diopèpe, ingénieur aux CFA (chemins de fer algériens). Il sortit de sa poche un crayon et un carnet sur lequel il nota le raisonnement suivant :

"Cinq minutes pour faire le tour des plages et revenir, soit un trajet de 20 km environ, cela fait 240 km/h. Si une calèche elle peut faire 240 km/h avec un cheval, alors un train, avec quelques centaines de chevaux (vapeur), il peut encore aller plus vite."

En 1962, monsieur Diopèpe fut nommé à la SNCF tandis que Paris-Soir arpentait la Canebière pour y vendre "Le Méridional". Monsieur Diopèpe, devenu directeur de la SNCF, suggéra l'idée d'un train roulant à plus de 240 km/h.
A l'instar de Bône qui eut sa CGV ( calèche à grande vitesse) en 1949, la France eut enfin son TGV en 1985.
L'idée géniale de Paris-Soir a donc été à l'origine d'une des plus grandes réalisations techniques de notre époque. Certains prétendent que c'est De Gaulle qui a eu l'idée du TGV : on n'est pas à un mensonge près !!!!!


Le théâtre et la calèche sous le regard malicieux de Paris-Soir 
(création de René VENTO)

Mis à jour (Mardi, 23 Novembre 2010 18:28)