PostHeaderIcon Annaba, avril 2006

CARNET DE VOYAGE : BÔNE-ANNABA, AVRIL 2006

Voilà longtemps que nous y songions et voilà qu’enfin, j’allais « retourner » dans cette ville dont j’ai tant entendu parler et que je ne connais pas, cette ville où je fus « conçu » sans doute début 1962, en plein paroxysme de cette guerre d’Algérie qui ne disait pas son nom, véritable guerre civile et fratricide qui occasionnera l’exil de tout un peuple dans les mois qui suivront.Pour notre part, ma mère enceinte et ma grand-mère quittèrent Bône le 22 juin 1962 pour se réfugier à Cassis et Carnoux et je naquis donc en Provence, à la faveur de ce déplacement impromptu de populations entre les deux rives de la Méditerranée. Les hommes de la famille arriveront dans le courant de l’été, le 30 juillet 1962.Après le nécessaire temps de l’intégration, tant sociale que professionnelle, vient à présent le temps de la Mémoire et du Souvenir. 44 ans après, Bône, aujourd’hui Annaba, nous attendait.

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Je croyais au départ devoir faire ce voyage seul, tant le débat au sein de ma famille « retournera …retournera pas » est fort et je m’étais résigné à cette idée. Mais un miracle de dernière heure décida enfin mon Père à m’accompagner, puis mon Cousin, adolescent en 1962, et sa fille Mathilde, 11 ans, pour qui ce fut le baptême de l’air. Avec d’autres familles bônoises, le groupe se montait dès lors à 13, chiffre porte-bonheur.

Nous avions préparé minutieusement ce périple, mais l’émotion et les circonstances allaient quelque peu changer nos plans même si, au bout du compte, nous avons accompli, dans le désordre, tout ce que nous avions prévu.
Avec « à peine » une heure de retard, nous décollons de Marseille - Marignane ce jeudi 20 avril 2006 pour Bône (Annaba). Une équipe de France-3 est sur place pour enregistrer nos réactions. Après une heure de vol, nous apercevons les côtes algériennes et les premières larmes perlent à la vue du Phare du Cap de Garde.
Nous atterrissons à l’aéroport « Les Salines » aujourd’hui appelé « Rabah Bitah » et qui, aux dires de mon Père, n’a guère changé (il y a effectué une partie de son service militaire).
Il fait une chaleur torride et nous aurons tout au long du périple, un temps estival avec 28° dans l’air et 20° dans la Méditerranée ; nous avons dès lors cette année pris notre premier bain de mer à Bône.

Le transfert à l’Hôtel « Rym El Djamil » est assuré par le touring-club local dont les responsables allaient nous accompagner durant le séjour, Chériff, Mourad et Radouane. L’hôtel dispose d’une plage privée, d’une piscine et nos balcons donnent directement sur la baie ; ils seront le théâtre de nos « anisette-party » du soir (j’avais pris soin d’embarquer dans les bagages une bouteille de « Cristal -Liminana »).

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Cette première soirée fut plutôt animée puisque l’hôtel accueillait un mariage dont les chants de l’orchestre résonneront jusqu’au petit matin !

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Le premier bain de Christian C. FENECH à Bône

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Réceptions au Consulat Général de France.

Avant cela, nous étions reçus en fin d’après-midi une première fois par le Consul Général de France, M. Gérald MARTIN, qui nous invitera également à une réception officielle pour le samedi suivant.
Cette rencontre fut riche d’enseignement. Nous avions visiblement affaire à un représentant diplomatique très enclin à défendre l’héritage français en Algérie. Il nous fit part des efforts financiers déployés notamment pour entretenir et réhabiliter nos cimetières dans l’Est-algérien : son ressort couvre en effet tout l’ancien département de Constantine. Nous n’allions d’ailleurs pas tarder à constater de visu ces travaux lors de la visite du cimetière chrétien.

Rencontres avec les derniers Pieds-Noirs de Bône.

Nous rencontrons également à cette occasion les représentants locaux de l’Association « IN MEMORIAM», regroupant les derniers Pieds-Noirs demeurés sur place. Emotions et curiosités respectives alimentèrent nos conversations avec ces familles MELE, GASSIOT ou AQUILINA, avec une mention particulière, pour ce qui me concerne, pour le Président MELE né, comme moi, après l’indépendance !
Une équipe de M6 enregistra ces échanges empreints de respect mutuel, 44 ans après que chacun aient fait ses choix, au cours du repas dominical du 23 avril dans la salle de restaurant « Le Petit Mousse » qui avait accueilli le mariage de mes parents le 11 avril 1961 (quelques jours avant le Putsch !).
Notre Consul Général et quelques collaborateurs avaient tenu à nous accompagner.

Le cimetière chrétien de Bône.

La première de nos visites fut, comme prévu, consacrée dès jeudi après-midi au cimetière chrétien avec, comme guide, notre ami GASSIOT. Nous y retournerons du reste le vendredi matin et aurons le plaisir d’y accueillir le Consul Général venu nous saluer de sa résidence voisine.
Nous découvrons un cimetière en bon état et les quelques traces d’usure ça et là ne peuvent qu’être imputées au temps. Ce site a en effet fait l’objet des soins attentifs du Consulat de France et de « IN MEMORIAM » dont les responsables nous expliquent que les récentes années de guerre civile avaient occasionné quelques dégâts. Plusieurs travaux de consolidation doivent encore être entrepris.
Mon Père se souvenait précisément de l’emplacement de nos caveaux. Je me trouvais donc très vite face à mon Histoire, avec tout d’abord le premier caveau « FENECH », où repose toujours le grand-père de mon grand-père, Julien FENECH (un « Julien », déjà !), qui s’installa à Bône dès les premières années de la conquête française. C’est lui qui y fonda notre « dynastie » ; dans un premier temps boulanger, il créa l’entreprise des « Transports FENECH » qui subsistera jusqu’en 1962.
Je me retrouve ensuite devant le second caveau « FENECH », une Chapelle abritant mes arrières - grands-parents, Lucie et Carmel FENECH et où reposait, jusqu’en 1962, mon grand-père, Charles FENECH. Assassiné par le FLN en 1956, ma famille l’a « rapatrié » pour cette raison au Cimetière de Carnoux-en-Provence. La gardienne se souvenait d’ailleurs de ce transfert opéré en 1963. Une dalle vierge marque désormais cet emplacement vide et un profond émoi me saisit en apercevant les autres places demeurées libres qui auraient dû accueillir par la suite les autres membres de la famille.

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D’une manière générale, à la vue de toutes ces tombes qui représentent chacune une histoire et dont la somme constitue notre pan de l’Histoire de France, une impression d’immense gâchis humain m’envahit devant ces aïeux qui croyaient créer pour leurs descendants, des destinées pérennes...

Suite prochainement...

Christian C. FENECH (Bône / Cassis-13)

Mis à jour (Jeudi, 31 Décembre 2009 20:35)